David Macquart-Moulin lance des laveries militantes et solidaires à SF

© Charlotte Attry

C’est une scène surprenante. À Family Laundry, laverie d’un quartier défavorisé d’East Oakland, pendant que les mamans s’occupent du linge, les enfants écoutent des histoires. Un employé de la librairie municipale s’est déplacé pour l’occasion, et c’est ainsi tous les jeudis. Depuis que David Macquart-Moulin (parisien installé en Californie il y a 5 ans) et sa femme, Laura Guevara (américaine), ont racheté le lavomatique en 2018, il s’est transformé en centre d’accueil et de culture pour la communauté locale.

« On a choisi de s’installer ici parce qu’il y avait un réel besoin, mais notre idée, au-delà du business, c’était d’apporter quelque chose de plus aux familles du quartier. Pas de les voir comme des chiffres, mais de s’allier à elles » explique David Macquart-Moulin. Alors après avoir réalisé des sondages auprès des habitants – beaucoup d’étrangers (Mexique, Guatemala, Syrie…), avec peu de ressources et un anglais limité – le couple identifie leurs besoins et se lance. Remplacement des machines, rénovation complète du lieu, mini-épicerie, prix abordables et aménagement d’une pièce pour les enfants.

« L’ONG Livres Sans Frontières nous permet d’avoir des ouvrages en espagnol, arabe, chinois, etc. pour que les enfants s’occupent. Et on a un partenariat avec la bibliothèque d’Oakland. Du coup, les clients viennent car ils peuvent amener les petits et on leur offre un service en même temps » précise David Macquart-Moulin. En peu de temps, le bouche-à-oreille circule dans le coin et le lieu ne désemplit pas. « On est profitable depuis le démarrage et nous avons racheté une seconde laverie. On l’a fermée au public pour démarrer une activité de service de livraison de linge à domicile » ajoute-t-il.

 © Charlotte Attry

Le concept : récupérer les sacs de linge sale, le laver-sécher-trier-plier et le déposer le soir même (infos ici). David Macquart-Moulin et son épouse y embauchent des femmes du quartier, peu importe leurs racines ou leurs couleurs. Entre les deux laveries, ils sont passés de trois à neuf employées en un an. Avec une croissance de l’activité de 30% ces derniers mois. Cet élan et l’accueil reçu les motive à s’engager encore plus : « on a levé de l’argent pour financer d’autres programmes éducatifs. On propose des cours d’anglais seconde langue pour adultes et on souhaite diversifier (intervention d’avocat, aide administrative, etc.) » confie David Macquart-Moulin.

Rien ne prédisposait pourtant ce Français à faire carrière dans une entreprise de laveries activistes. « Je travaillais à développer le business de start-up. Quand ma boîte a été rachetée, c’était l’occasion de se reconvertir et j’avais toujours rêvé d’avoir une laverie ! » s’amuse-t-il. « Là, je suis en contact avec les gens et c’est gratifiant ». Et sa femme, ancienne institutrice, d’acquiescer, fière d’apporter à ce projet une touche pédagogique et militante.

Leur futur ? Poursuivre la révolution des lavomatiques et en racheter de nouveaux. Toujours dans le respect des populations locales et en intégrant des programmes utiles. « On reste un business, mais on veut offrir un modèle de capitalisme plus responsable » affirme David Macquart-Moulin. Il espère ainsi inspirer d’autres laveries et faire plein de petits.