Dating, sexe: comment drague-t-on aux Etats-Unis ?

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Saint-Valentin oblige, l’heure est venue de tenter de comprendre les différences entre les codes de séduction français et américains. Et cela n’est pas une mince affaire. « Je vais vous citer “La Vérité si je mens !”. On demande au cousin Patrick comment ça se passe aux Etats-Unis et il répond : “Là-bas, tu dates. C’est-à-dire que tu crois que tu vas niquer mais en fait tu niques jamais” », sourit Bérénice Boursier, psychanalyste et sexologue française entre Miami et New York. Tout est dit.

Le dating, qu’est-ce que c’est ?

Elle explique : « Chez les Américains, en général, il y a des codes très précis et des protocoles dans la séduction: le garçon va prendre rendez-vous avec la fille, il va y avoir du flirt, peut-être un bisou, mais surtout pas un french kiss, que les Américains vont trouver dégoûtant ! Ça sera un bisou hollywoodien », décrit l’experte.

« Ensuite, si on s’apprécie, on continue, on se voit au restaurant, au bowling ou au cinéma et au bout d’un certain nombre de “dates”, peut-être quatre, cinq ou six, on va coucher ensemble, poursuit-elle. Mais avant de coucher avec une fille, le garçon va devoir faire chauffer sa carte bleue ! », prévient-elle.

Alexandre Cormont, « love coach » et expert en relations amoureuses lui aussi à Miami, fait le même constat. Le processus du “dating” permet de tester l’autre plutôt que de se jeter dans les bras du premier venu. « Il y a cette volonté de vouloir s’assurer qu’on a un bon parti. » Il se souvient notamment de ses premiers « dates » quand il est arrivé à Washington en 2015. « On m’a posé des questions très spécifiques du genre: “est-ce que tu as une assurance santé qui couvre les soins dentaires ?” »

Lorsqu’à grand renfort de “dates”, les partenaires amoureux décident de passer aux choses sérieuses, vient le temps de la question qui tue : « Aux Etats-Unis, on se déclare en couple et on se demande : “Veux-tu devenir ma girlfriend ou mon boyfriend ?” », illustre Alexandre Cormont. Cette clarification a même un nom, comme pour renforcer son côté quasi-solennel: “The Talk” ou “DTR” (Define The Relationship”). C’est seulement au terme de cette discussion, qui peut intervenir après plusieurs mois (soyez donc patient.e.s!) que le couple devient “exclusive”, c’est-à-dire qu’il accepte officiellement de ne fréquenter personne d’autre.

Le Français “too much”

Cette approche américaine très pragmatique et codifiée vient se heurter au romantisme à la française beaucoup moins figé. « La séduction à la française se lit plus sur le moment présent, il y a plus de charme, plus de place pour mettre sa personnalité en avant », poursuit le spécialiste.

Ce dernier prêche la transparence, que les Français ont tendance à négliger. « Le Français va avoir un discours plus serpenté. Il n’est peut-être pas assez direct et clair s’il veut une relation de “sex friends” par exemple », constate le coach. Il peut aussi assumer qu’une relation est “exclusive” alors que cela ne va pas du tout de soi pour le partenaire américain. « C’est tout à fait normal pour les Américains d’avoir plusieurs partenaires sexuels quand on est dans une phase de dating ».

Résultat : les Américains ont tendance à trouver les Français est « un peu trop poussifs, un peu trop entreprenants, un peu trop séducteurs. Un peu too much en fait », poursuit-il.

Ce côté séducteur peut parfois même s’avérer dangereux s’il prend des formes extrêmes. « J’avais un patient qui, au supermarché, avait pour habitude d’offrir des fleurs à la plus belle femme qu’il voyait et son avocat l’a mis en garde : ça peut être considéré comme du harcèlement sexuel. Il ne faut surtout pas se jeter sur la fille car on peut se retrouver en prison ! », insiste Bérénice Boursier.

Ces décalages culturels peuvent être une vraie source de souffrance pour les expatriés, observe Marc Pistorio, psychologue clinicien à Los Angeles et auteur du livre Dis-moi qui tu aimes, je te dirai qui tu es. « Ça crée le sentiment d’une adaptation plus difficile, l’impression de moins savoir comment entrer en contact avec les autres et ça renforce l’isolement social », souligne-t-il. À New York, où le marché des coeurs à prendre est impitoyable, on ne compte pas le nombre de Françaises qui choisissent de rentrer au bercail faute d’avoir trouvé la perle rare.

Son conseil : « établir des rapports, pas qu’amoureux d’ailleurs mais aussi amicaux, pour plonger dans la culture américaine avant même d’être présent dans le pays et comprendre ces codes dans lesquels les Français ne se retrouvent pas toujours », grâce aux réseaux sociaux ou aux associations d’expatriés, par exemple.