Dany Boon : “Je ne vais pas rester à L.A. car je n’aime pas Donald Trump”

À peine a-t-il débarqué au Directors Guild of America que Dany Boon claque des bises à tout-va. Il faut dire qu’avec sa femme Yaël, ce sont des habitués du festival de films français de Los Angeles, Colcoa, qui se déroule du 23 au 30 avril. “Il est présent tous les ans”, s’enthousiasme une Française, qui fait fi des interviews pour lui taper la causette et réclamer son selfie annuel.

L’acteur-réalisateur, qui n’a pas perdu son sens de la répartie et enchaîne les conversations alambiquées avec ses fans, a le don de faire déplacer les foules. Y compris à Los Angeles où la première de son film “La Ch’tite Famille” a fait salle comble, mardi 24 avril au soir. Un accueil digne de sa patrie où le film a connu le meilleur démarrage au box-office pour un film français depuis dix ans. Cela n’empêche que, pour Dany Boon, présenter son film à Colcoa revêt une signification particulière. “J’aime ces Américains qui aiment le cinéma français. C’est rare”, avoue-t-il, ajoutant : “J’adore quand les gens viennent découvrir des cinémas étrangers.”

Dix ans après “Bienvenue chez les Ch’tis”, Dany Boon signe une nouvelle comédie qui rend hommage à son Nord natal. Il y campe Valentin, marié à Constance, qui forment un couple de designers réputés. Honteux de ses origines prolétaires et «ch’timis», Valentin se fait passer pour orphelin. Un aveu difficile à maintenir quand sa famille débarque à Paris pour fêter l’anniversaire de leur mère. Suite à un accident, il redevient celui qu’il était 25 ans plus tôt.

“Ca parle des racines, de l’importance de se rappeler d’où on vient. Il y a toujours un moment où on a honte de sa famille”, résume le Français, dont la popularité ne s’est pas effritée avec le temps. “Il y a un décalage entre comment nos parents nous perçoivent et l’image qu’on s’est forgé, je joue là-dessus.” Pour autant, Dany Boon se défend d’avoir jamais eu honte de ses origines : “dans le film, mon personnage fait un contre-pied de ce que j’ai fait personnellement : j’ai perdu mon accent en arrivant à Paris, mais je l’ai gardé sur scène.”

Sous-titré en ch’ti américain

Pour que ce film – qui parle ch’ti – soit “intelligible” par le public américain, Dany Boon a collaboré avec un traducteur new-yorkais pour les sous-titres. Il “a inventé une sorte de ch’ti anglais”.

Mais pour autant, ce nouveau long-métrage ne connaîtra pas une sortie dans les salles américaines. “Je n’ai pas un public assez large”, reconnaît l’humoriste, précisant avoir reçu des propositions pour le diffuser avec un distributeur.“Mais c’était pour des sorties assez intimistes. Pour toucher un large public, je préfère qu’il sorte chez Apple TV.” Ce fut notamment le cas pour “Rien à déclarer” et “Bienvenue chez les Ch’tis”, qui ont été “les plus gros cartons annuels parmi les films étrangers”, aime-t-il rappeler, entre deux signes de main à des connaissances.

Et son passif ne fait que le conforter dans cette idée. En effet, l’adaptation américaine de “Bienvenue chez les Ch’tis” a été avortée faute de “bons scénarios”. “Franchement, c’était pas bien”, répète-t-il, alors qu’il avait un rôle de conseiller sur ce projet. “Certaines adaptations de comédies françaises sont catastrophiques. Aujourd’hui, les studios ne font pas assez confiance au talent.”

Un déménagement à cause de Trump

Mais ce n’est pas la raison pour laquelle il a décidé à quitter Los Angeles, où il s’était installé (dans le quartier de Johnny Hallyday, ndlr) avec ses cinq enfants et sa femme “pour fuir la notoriété“. “Je ne vais pas y rester parce que je n’aime pas Donald Trump. Enfin, je n’aime pas sa politique. Je trouve qu’il met une sale ambiance”, argue l’humoriste, qui infirme les rumeurs sur son installation en Belgique.

Toutefois, il n’abandonnera pas la Californie pour autant. “Je vais revenir pour travailler, j’ai des projets, notamment avec Netflix. Ils veulent me proposer des choses, on discute”, lâche-t-il, très énigmatique. Pas question pour autant de faire une carrière US à la Gad Elmaleh : “je suis très admiratif, mais ça ne m’intéresse pas de jouer en anglais. Sans compter que j’ai arrêté le one-man-show, je veux me consacrer au théâtre et au cinéma.”

En attendant l’avancée des “discussions“, il a déjà signé un contrat avec Netflix, lors de son passage à Los Angeles, pour la diffusion de son dernier one-man-show, “Dany de Boon des Hauts de France”, à partir du 4 mai, dans tous les pays où la plateforme de vidéos à la demande est accessible. “Une nana de chez Netflix l’a vu en coréen et a beaucoup ri”, se réjouit-il. “Tous les humours ne voyagent pas particulièrement bien, mais le ‘physical comedy’ (comédie corporelle) ou la musique – et j’en fait sur scène-, ce sont des choses qui voyagent bien.”