Législative: Damien Regnard, l’anti-parachuté

Déjà un parachuté, ça ne fait pas sérieux, mais deux, c’est le cirque !” Quand l’ex-UMP Damien Regnard parle de Frédéric Lefebvre et Louis Giscard d’Estaing, respectivement candidats de l’UMP et de l’UDI, le ton monte. “Ces gens-là n’ont pas la volonté de se battre pour nous. Ils cherchent à faire leur retour parisien après avoir été tous les deux désavoués lors de la dernière législative.”

Damien Regnard se positionne comme le candidat local de l’élection législative partielle de mai et juin prochains. Les chambres de commerce franco-américaines, les Accueils, les commissions des bourses scolaires: tout ça, c’est son truc. Certes, c’est beaucoup moins glamour que les photos de M. Giscard d’Estaing avec Gerald Ford ou celle de M. Lefebvre avec Nicolas Sarkozy, mais cela a tout de même un avantage selon lui: alors que ses adversaires « s’adressent aux Français d’Amérique du Nord en leur disant “vous”, je peux leur dire “nous” ».

Elu en 2009 à l’Assemblée des Français de l’étranger pour le Sud des Etats-Unis, Damien Regnard habite à la Nouvelle Orléans depuis 17 ans. Il y a monté la filiale d’une entreprise française spécialisée dans l’inspection de marchandises, avant de lancer sa propre société. Il cumule les casquettes. Conseiller du Commerce Extérieur, il fut président de la Chambre de commerce franco-américaine de Louisiane de 2000 à 2010 et dirige le chapitre local de l’Union des Français de l’étranger (UFE), un réseau de Français expatriés. “Les problématiques partagées par les Français de l’étranger sont toutes les mêmes (…) On ne rentre dans aucune case”, dit-il.

Son engagement en politique locale remonte à 2005, année de l’ouragan Katrina. “J’ai assisté à l’impuissance de l’administration pour résoudre des problèmes terre à terre, à cause de la totale ignorance des conditions locales“. Il fait allusion à la prise en charge d’un groupe d’enseignants français à Lafayette, une ville à l’ouest de la Nouvelle Orléans. “Ils se sont retrouvés sans rien, sans habits de rechange, sans possibilité de retourner en France. La France n’a rien fait pour eux”. Regnard mobilise le réseau des UFE pour leur venir en aide. En 2011, il veut aller plus loin. Il brigue l’investiture de son parti de l’époque, l’UMP, à la législative de juin 2012 en Amérique du Nord. Frédéric Lefebvre est désigné. Sitôt l’élection annulée, en février 2013, il retente sa chance. Frédéric Lefebvre est une nouvelle fois désigné, malgré sa défaite en 2012. Damien Regnard y voit le signe d’un décalage entre le QG parisien du parti et le terrain. “Quand on commet les mêmes erreurs, il ne faut pas s’attendre à des résultats différents“, prédit-il. Il se présente, cette fois sans l’étiquette UMP – il n’a pas renouvelé son adhésion au parti – mais celle du RFE (Rassemblement des Français de l’étranger), un groupe fondé à l’AFE en 1995.

En plus de son ancrage local, Damien Regnard compte sur le rejet des politiques du gouvernement pour marquer des points. Réforme de l’aide à la scolarité dans les « lycées français » (qu’il avait dénoncée dans une pétition en 2012 et dans un communiqué en février) , fiscalité et mise à mort de l’AFE: “On nous dit que nous sommes les ambassadeurs de la France, je ne peux plus entendre ça ! Si on était des ambassadeurs, il faudrait nous respecter. Or, ce n’est pas ce qu’on voit depuis neuf mois. C’est encore pire que l’année d’avant“. Il s’inquiète des effets du calendrier de la réforme des bourses scolaires sur les chefs d’établissement et les familles. Ces dernières connaitront le montant de leur bourse pour l’année scolaire à venir au milieu du mois de juillet. “Les familles seront prises au piège“. Autre inquiétude: la fiscalité. « Je crains des sanctions de plus en plus lourdes car on est stigmatisé, caricaturé comme des vedettes de l’industrie, du sport et du cinéma alors qu’il y a chez les Français de l’étranger des artisans, des chauffeurs de taxi, des gens qui travaillent 18h par jour».

Un député de plus ou de moins à l’UMP ou à l’UDI ne changera rien“, assure-t-il, même s’il pourrait siéger avec le groupe UMP en cas d’élection. « Plutôt que d’envoyer un politicien à Paris, pourquoi ne pas envoyer un signal fort en disant : on envoie l’un des nôtres. »