Cyrille Giraud, un Vert et contre tous

Il était une fois, Cyrille Giraud était socialiste.

Nous sommes au lendemain du 21 avril 2001. Jean-Marie Le Pen vient d’accéder au second tour de la présidentielle. En 2002, comme beaucoup, il prend sa carte au PS. “Ca faisait très longtemps que j’étais intéressé par la politique. J’avais besoin d’un évènement pour m’engager“. Mais il ne tarde pas à déchanter. “Choqué” par la manière dont Ségolène Royal, qu’il soutient en 2007, est traitée par son propre camp, il prend peu à peu ses distances. La rupture intervient au Congrès de Reims en 2008. Le rassemblement s’est tenu dans un climat délétère, marqué par une féroce guerre des chefs. “Ca été une énorme déception de voir la manière dont elle a été traitée. C’est l’un des rares personnages au PS qui a une dimension écologique et qui était favorable depuis longtemps au mariage pour tous“.

Cinq ans après Reims, voilà qu’il brigue le siège de député d’Amérique du Nord pour Europe Ecologie les Verts (EELV). Et, ironie du sort, M. Giraud se met une fois de plus en rupture par rapport au PS. Faute d’accord entre les deux partis au niveau national, celui qui fut le suppléant de la députée socialiste invalidée Corinne Narassiguin en juin 2012 annonce sa candidature début avril au lieu de se ranger au côté du socialiste Franck Scemama. “Corinne Narassiguin a appelé Franck Scemama le jour de son invalidation pour l’encourager à se présenter, les choses étaient jouées dès le premier jour“, regrette-t-il.

Elevé par des parents “plutôt de droite“, Cyrille Giraud bascule à gauche dans les années 90. La raison: les manifestations contre le PACS en 1999. Mais aussi ses voyages. Adolescent au début des années 90, il débarque en Roumanie. “J’étais surpris par ce que j’ai découvert en Europe de l’Est. C’était quelques années après la révolution de 1989. J’avais eu accès en France à des choses que les jeunes de mon âge là-bas ne connaissaient pas forcément. On relativise beaucoup par rapport à nos petits problèmes. Ca a été un choc culturel“. Il s’installe à Montréal en 2003. “Un concours de circonstance“. Il venait d’être licencié d’une société de bourse forcée de faire des coupes dans son budget. “Des amis m’ont dit : tout le monde va au Québec“. Il arrive sur les rives du Saint-Laurent, sans boulot, sans contact. “Je repartais à zéro.”

En 2009, Cyrille Giraud est vérificateur de transactions financières, sorte de gendarme des opérations des particuliers. Il vit la crise financière en première loge. Au même moment, Europe Ecologie les Verts, qui vient de se former, remporte son premiers succès aux élections européennes. Après sa prise de distance avec le PS, il décide de rejoindre le parti en 2010 pour ses positions sur l’écologie mais aussi l’éthique. Le « ségoleniste » tombe amoureux d’une autre femme : Eva Joly la juge, qu’il soutient “à fond” en 2012. Franco-norvégienne comme lui est franco-canadien, il se reconnait dans ses mots : “Elle a dit on ne nait pas écologiste, on le devient. J’ai trouvé que c’était juste“, se souvient Cyrille Giraud.

Education, statut de résidence, fiscalité, environnement, surconsommation: Cyrille Giraud axe sa campagne sur le local. Parmi ses engagements, créer une plateforme participative pour permettre aux Français d’Amérique du Nord de s’échanger conseils et “meilleurs pratiques” en matière d’installation et d’éducation notamment. “Chacun dans la circonscription vit sa propre expérience, on est perdu (…) Il faut dire aux Français qui arrivent qu’ils ne sont pas tout seuls“. Il souhaite favoriser l’esprit d’entreprise dès le plus jeune âge en défendant le concept de « baby entreprises » vertes, ces projets entrepreneuriaux portés par des jeunes, dans les établissements français nord-américains. “Le lien entre l’écologie et l’économie n’est pas à négliger.

A quelques jours du vote à l’urne du premier tour, Cyrille Giraud croit dans ses chances. Comme en 2012, il pense que la circonscription reviendra à un candidat « local », et non un parachuté, catégorie dans laquelle il range le socialiste Franck Scemama. Lequel a habité à Montréal pendant des années, mais est récemment reparti en France. “Avec un PS majoritaire, EELV est le seul réel contrepoids au gouvernement et à la politique d’Hollande, soutient-il. On est le signal fort que les électeurs peuvent donner s’ils veulent dire : ‘on est toujours de votre bord, mais on veut montrer qu’on n’est pas content’ “. Sa candidature affaiblit-elle la gauche? “Ça va certainement partager les voix, maintenant on ne va pas demander à EELV de se retirer de toutes les élections sous prétexte qu’il y a un partage de voix. C’est la démocratie. Le candidat qui aura le plus convaincu devra gagner. Les électeurs ont le dernier mot“.

Photo: Josias Gob