Samia Behaya, la Franco-Algérienne derrière les “dîners sur corps” à New York

La chef Samia Behaya dans son restaurant de Bedford Avenue, Simple. (Photo : Thomas Chesseboeuf @ThomChess)

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Simple Café
346 Bedford Ave
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Lot 45
411 Troutman St
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A l’entrée du restaurant Lot 45, un ancien hangar à camions à Bushwick, le gong retentit solennellement, vendredi 16 juin. L’homme qui frappe l’instrument est torse nu; à ses côtés, une femme en bas résilles et soutien gorge prend des poses alanguies avec un long serpent jaune autour du cou.

Derrière eux, neuf personnes nues sont allongées sur des lits ornés de pétales de fleurs et de bougies. Des sushis, des asperges, des pièces de bœuf et des fruits, entre autres, sont disposés sur leur corps par des “dessinateurs”, eux-mêmes peu vêtus. Le ton est donné. L’édition “Summer” de la soirée “Lust”, un show érotique imaginé par l’artiste américaine Abby Hertz, peut commencer.

Un "body" est recouvert de nourriture, à Lot 45, durant une édition du show Lust, vendredi 16 juin. (Photo : Charlotte Oberti)
Un “body” est recouvert de nourriture, à Lot 45, durant une édition du show Lust, vendredi 16 juin. (Photo : Charlotte Oberti)

En cuisine, la chef franco-algérienne Samia Behaya n’a pas le temps de profiter du spectacle. Ce dîner représente deux mois de préparation, indique-t-elle. Quelque 200 clients, répondant sans distinction au nom de “darling”, sont attendus pour déguster ses plats à même la peau. “C’est un défi de cuisiner quelque chose qui sera présenté sur un corps. Il faut que la nourriture soit plus importante que le corps.” Depuis que Samia Behaya a rejoint l’aventure Lust en novembre 2016, trois soirées de ce genre ont été organisées à Lot 45, le restaurant et bar à cocktails qu’elle a ouvert en 2014. La prochaine édition aura lieu à Thanksgiving.

Des fruits et des donuts (au second plan) sont servis aux participants du show. (Photo : Charlotte Oberti)
Des fruits et des donuts (au second plan) sont servis aux participants du show. (Photo : Charlotte Oberti)

Pour cette femme énergique de 41 ans, il s’agit de tester quelque chose de nouveau. “J’adore les défis. La routine m’emmerde”, assure-t-elle. En 2006, elle a créé sa “famille” à Brooklyn, en ouvrant le restaurant Simple à Williamsburg, son “bébé”, loin de l’esprit sexy de Lust. A l’époque, le défi, c’était le quartier. “II n’y avait quasiment aucun restaurant dans le sud de Williamsburg et le trafic de drogues était répandu, se souvient-elle, installée dans ce bistrot de Bedford Avenue. Le jour où j’ai visité les lieux, des types se bagarraient dans la rue, mais je n’ai pas eu peur, j’ai tout de suite adoré l’endroit.”

A Simple, elle sert une cuisine française et algérienne dans une ambiance conviviale. “C’est mon pain arabe qui a attiré la clientèle”, dit-elle, en en amenant sur la table avec du caviar d’aubergines. “Ce qui m’importe, c’est que les clients voient qu’il y a du cœur dans l’assiette.

L’aventure américaine, Samia Behaya en rêvait depuis ses 16 ans, lorsqu’elle habitait à Grenoble. “En France, je me suis toujours cherchée. Française? Algérienne? J’avais du mal à m’intégrer.” A 20 ans, elle s’envole pour les Etats-Unis. “Quand je suis arrivée, j’ai su que j’étais à la maison. Dans les premiers temps, j’ai enchaîné les séjours de trois mois (la durée d’un ESTA, NDLR). Puis j’ai travaillé dans un bed and breakfast, je ne parlais pas un mot d’anglais. J’ai énormément appris”, raconte-t-elle.

“Aujourd’hui, je vis à Brooklyn, il y a un sens de la communauté, c’est comme un village, ça me rappelle l’Algérie.” Cette ancienne participante de l’émission culinaire américaine Chopped voyage d’ailleurs en Algérie deux fois par an pour s’inspirer des techniques berbères.

Cependant, à New York, elle doit s’adapter au marché. “Les gens ici manquent de culture culinaire”, constate celle qui est naturalisée américaine. “Par exemple, si je veux vendre mes merguez d’agneau, il faut que je les appelle “saucisse”, sans mentionner “agneau”, sinon les gens n’achètent pas. Les feuilles de brique, pareil, ils ne connaissent pas.

Samia Behaya revendique ce désir de passerelle entre les cultures. Depuis 2009, elle propose de la cuisine vietnamienne certains soirs de la semaine à Simple en collaboration avec une autre chef. En 2011, elle a également ouvert The Marquet, un petit magasin niché à l’intérieur du restaurant et inspiré du concept-store parisien Merci. Une architecte d’intérieur franco-américaine y vend des objets de décoration qu’elle rapporte de ses voyages aux quatre coins du monde. “Il y a tant de trucs à faire. Et en cuisine, avec rien, on peut faire beaucoup de choses.”

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