Covid-19 et politique s’invitent à la reprise de la MLS à Orlando

Florian Valot et les New York Red Bulls arrivent à Orlando le 4 juillet. Crédit photo : MLS.

Jeudi 12 juillet, 8:30am. Les joueurs du Toronto FC et de D.C United s’échauffent sur la pelouse du ESPN Wide World of Sports Complex d’Orlando avant le coup d’envoi de leur match prévu à 9am. Mais quelques minutes plus tard, les deux équipes sont renvoyées au vestiaire à la surprise générale. On apprend qu’un des joueurs de D.C. a été testé positif au coronavirus.

La MLS a choisi de relancer sa saison arrêtée en mars par un grand tournoi à huit-clos du 8 juillet au 11 août sur les terrains de Disney World. Mais la Floride et le comté d’Orange, où ont lieu les matches, sont devenus le nouvel épicentre de la Covid-19. Le “Sunshine State” recensait 15 000 nouveaux cas dans la seule journée du 12 juillet, un triste record aux Etats-Unis. “Je ne me sens pas rassuré”, explique Nicolas Benezet, milieu offensif du Colorado Rapids. “On sait que le virus est ici, quelque part, et qu’on peut l’attraper à tout moment”. Les quelques 1300 joueurs, coaches et membres de staff sont répartis dans deux hôtels du même complexe hôtelier, le Swan and Dolphin Resort. Chaque équipe dispose d’un étage avec les chambres et une salle de jeu commune. “C’est très strict, on ne peut voir personne et on ne peut pas sortir. On se déplace uniquement au rez-de-chaussée pour les repas”, raconte Florian Valot, milieu de terrain des New York Red Bulls.

Nicolas Benezet lors de son premier match face au Real Salt Lake le 12 juillet.

Les joueurs et le personnel des clubs ont dû passer plusieurs tests avant d’arriver à Orlando. Ils ont à nouveau été testés à leur arrivée et continuent à l’être tous les deux jours pendant le tournoi. Insuffisant puisque pas moins de dix joueurs du FC Dallas ont été testés positifs entre le 28 juin et le 6 juillet. Un scénario qui s’est répété trois jours plus tard au sein de l’effectif du Nashville SC, qui comptabilisait neuf joueurs positifs. L’accumulation des cas ont forcé la ligue et son “commissioner” Don Garber à exclure les deux équipes du tournoi. Les joueurs touchés ont été mis en quarantaine dans un autre hôtel. “Je mets un masque et des gants dès que je sors de ma chambre. C’est sûr que ce n’est pas rassurant de voir ce qui s’est passé avec Nashville et Dallas. Mais d’un autre côté on rejoue enfin au football et ça c’est le pied”, nuance Adrien Regattin, l’ailier franco-marocain du FC Cincinnati. “On ne peut pas blâmer la ligue. C’est globalement très bien organisé et on se sent en sécurité”, estime Aurélien Collin. Pour le défenseur de Philadelphie, le départ des contaminations au Nashville SC et au FC Dallas tient surtout à la négligence de quelques joueurs. “Je ne donnerai pas de noms mais je pense que certains d’entre eux sont arrivés à Orlando avec la maladie puisqu’ils ne vivaient plus du tout confinés et sortaient ces derniers temps”.

Le climat chaud et humide d’Orlando n’aide pas non plus les joueurs, dont les matches ont lieu sous des températures caniculaires (30 degrés au moins) malgré des coups d’envois prévus à 9am, 8pm et 10:30pm. Nous avons malgré tout assisté à des matches de bonne facture et avec beaucoup d’engagement lors de la première semaine de compétition. “On avait trop hâte de retrouver les terrains après quatre mois sans jouer”, lâche Paul Marie,  milieu de terrain de 25 ans des San Jose Earthquakes. “Je pense que le format “Coupe du monde” du tournoi aide aussi. On joue d’abord trois matches de poule qui comptent pour la saison régulière, puis des matches à élimination directe. Ça donne des confrontations encore plus intenses et tendues qu’en championnat”. La majorité de la compétition est retransmise sur ESPN. La chaîne américaine a réalisé des bons résultats d’audience avec une moyenne de 489 000 téléspectateurs sur les quatre premiers matches, soit 27% d’augmentation par rapport à l’année dernière à la même période.

Une centaine de joueurs ont manifesté leur soutien à George Floyd et au mouvement Black Lives Matter le 8 juillet. Crédit photo : MLS.

Ce tournoi, intitulé “MLS is Back Tournament”, est également celui de l’engagement. Une centaine de joueurs sont entrés sur la pelouse en préambule du match d’ouverture entre Miami et Orlando le 8 juillet. Vêtus de t-shirts “Silence is Violence”, ils se sont agenouillés en respectant un silence de huit minutes et 46 secondes, soit le temps pendant lequel George Floyd a été maintenu au sol par un policier blanc à Minneapolis le 25 mai, provocant sa mort. D’autres joueur de MLS ont également prévu faire entendre leur voix de manière individuelle à Orlando, comme Jeremy Ebobisse. L’attaquant américain (né à Paris) des Portland Timbers a co-fondé la Black Players Coalition le 19 juin, une association de joueurs de couleur qui vise à lutter contre le racisme et les discriminations au sein de la ligue. “Je pense que nous aurons beaucoup de temps pendant un mois de compétition pour marquer le coup, pour profiter de l’opportunité du tournoi pour se faire entendre et pour étendre la portée de notre organisation, et nous y parviendrons”, expliquait-il le 29 juin. Thierry Henry avait également promis une action à Orlando. Et l’entraîneur de l’Impact Montréal a respecté sa parole en s’agenouillant à son tour sur son banc de touche pendant huit minutes et 46 secondes au début du match contre New England le 9 juillet. “Au-delà de l’hommage, c’était important pour moi de montrer mon soutien au mouvement Black Lives Matter », a-t-il commenté en conférence de presse après la rencontre.