Costa-Gavras: “Le pire de la crise est à venir”

Credit photo: Domine Jerome/ABACAUSA.COM

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Sortie à New York : le 25 octobre

Sortie à Miami, Fort Lauderdale, Dallas, Los Angeles: le 1er novembre

Sortie à Austin: le 8 novembre

Sortie à San Francisco: le 15 novembre

L’impact d’un film? On ne sait jamais, vous savez“. Costa-Gavras s’en doute: son dernier film “Capital” ne va pas moraliser le capitalisme. Encore moins au pays de Gordon Gekko. “Même Barack Obama n’y est pas arrivé.

Avec sa mise en scène crue, rapide, “Capital” dénonce les excès de la finance à travers les aventures du PDG d’une banque française, Marc Tourneuil, incarné par Gad Elmaleh. Entre sexe, drogue, gros dollars, manipulations et jet privé, le jeune dirigeant doit gérer les appétits d’un fonds de pension américain. Il profite du système à plein, demande des bonus mirobolants alors qu’il vient d’être nommé patron, lance une “auto-révolution” au sein de la banque pour faciliter les licenciements et faire monter le cours de l’action, et se console dans les bras d’une top model (quand il n’est pas avec sa femme). Le film a été montré en avant-première début octobre à New York en compagnie de Michael Moore. Il fait sa sortie nationale le 1er novembre (le 25 octobre  à New York ).

Costa-Gavras fait ainsi son retour aux Etats-Unis, plus de quarante ans après le succès de “Z”. Le cinéaste franco-grec admet mal connaitre le pays. Certes, il a failli y étudier le cinéma dans les années 50, mais les sympathies communistes de son père passent mal au moment de la fièvre maccarthyste et il est privé de visa. Il se rend alors en France. Sa méconnaissance du pays de l’Oncle Sam le pousse ensuite à refuser le scenario du “Parrain” dans les années 60. “Je connaissais mal les Américains et les milieux mafieux. J’ai refusé le script mais je ne le regrette pas. Coppola a fait un film magnifique“.

Tourné en français et anglais, “Capital” l’a emmené à Miami, où Marc Tourneuil rencontre des dirigeants d’un hedge-fund sans scrupules, qui vont le pousser à dégraisser les effectifs de sa banque. “A Miami, il y a des yachts qui coûtent des millions de dollars et qui ne partent qu’une seule fois en mer, s’exclame-t-il. Il n’y a pas une Amérique, mais des Amériques, celle de New York n’est pas celle du Midwest“.

Costa-Gavras, qui voulait faire depuis des années un film sur l’argent, a commencé à travailler sur le scenario de “Capital” bien avant la crise des subprimes. Il s’est inspiré du livre Le capitalisme total de l’ex-banquier Jean Peyrelevade et celui de l’énarque trotskyste Stéphane Osmont, Le Capital, deux regards sans concession sur les dangers du système financier. “J’ai trouvé Le Capital fascinant, explique Costa-Gavras. Les banques sont des intermédiaires nécessaires par lesquels l’argent transite pour nous arriver. Mais elles finissent aujourd’hui par jouer un rôle politique“. “Totalitaire“, comme Osmont l’a dit dans une interview à la sortie de son livre? “On peut utiliser ce mot, en prenant certaines précautions, dit-il. Il faut réguler plus, sinon c’est la jungle“.

A l’affiche du film, un Gad Elmaleh à contre-emploi, qui alterne les dialogues en français et en anglais. Son rôle de PDG cynique, froid, avait partagé la critique française à la sortie du film en 2012. “Ce n’était pas un pari risqué de choisir Gad, se défend le réalisateur. Il a étudié le comportement de ses amis banquiers, posé des questions. Notre collaboration a été parfaite“. Assoiffé d’argent, son personnage quitte parfois ses habits de patron pour vivre ses désirs refoulés: casser la figure du dirigeant du hedge fund qui l’énerve ou virer sa chargée de com’ quand elle parle froidement de sa stratégie pour “vendre” un plan de licenciement massif à l’opinion.

Pour le réalisateur, les efforts de lutte contre “les bandits sociaux” sont insuffisants. “Il faut une soumission du système financier au pouvoir politique, mais ce dernier est faible, estime-t-il. Je ne sais pas quelle force réformera le système. Occupy Wall Street était un mouvement sentimental. Ce n’est pas assez. Le changement viendra peut-être de l’intérieur. Il y a toujours des gens de qualité qui veulent le changement.

Le pire de la crise est encore à venir, poursuit-il. Nous vivons une crise de civilisation, un changement historique profond. Le règne de l’argent est lié à la nature humaine. Elle a toujours été excessive, auto-suffisante, égoïste. Les religions ne suffisent plus pour calmer les Hommes.” A 80 ans,  en tout cas, il croit toujours en la capacité du cinéma à les réveiller.

Credit photo: Domine Jerome/ABACAUSA.COM

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