Voyages interdits, fermeture de bureau… Les entreprises françaises aux US face au coronavirus

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Tous les employés de la Société Générale aux Etats-Unis ont reçu la nouvelle par email mercredi. Le bureau de Chicago était totalement fermé le 4 mars pour un “nettoyage complet”. La nouvelle a évidemment inquiété les salariés. “Il s’agissait simplement d’une mesure de précaution”, explique le directeur de la communication de l’entreprise James Galvin. “Les employés ont travaillé à distance mercredi pour permettre un nettoyage de leur bureau. Ils ont repris leur travail normal ce jeudi”. Il ajoute que “rien n’indique qu’un employé de Chicago ait été exposé ou ait contracté le virus COVID-19”. 

Face au développement du virus aux Etats-Unis, qui a déjà fait 11 morts et contaminé plus de 130 personnes à travers 13 Etats, plusieurs autres groupes français ont pris des mesures drastiques concernant la sécurité de leurs salariés.

Chez Axa IM à Greenwich dans le Connecticut, les employés ont reçu un communiqué détaillé le 3 mars précisant que “tous les voyages professionnels sont interdits à l’exception de Paris-Londres”. Les voyages personnels sont également “déconseillés dans les zones où le virus est actif”. L’entreprise ajoute que “si vous (les employés) décidez de voyager dans ces régions, une période de travail à domicile sera obligatoire à votre retour”. Du côté de BNP Paribas, un cadre indique qu’“il y a actuellement des restrictions sur les voyages mais pas d’interdiction totale”. Il ajoute en revanche que “tous les événements de l’entreprise ont été annulés ou reportés”.

A Saint-Gobain, dont le siège est basé à Malvern en Pennsylvanie, la directrice de la communication Dina Silver Pokedoff annonce “la création d’un comité spécial suivant la situation jour par jour et même heure par heure”. “Cette équipe suit les recommandations des organismes de santé tels que les Centers for Disease Control (CDC) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les met en oeuvre dans l’entreprise”. Pour l’heure, Dina Silver Pokedoff précise que “les réunions doivent être dans la mesure du possible réalisées par vidéo-conférence”, et que “l’entreprise a mis en place des protocoles pour ceux qui reviennent d’endroits sensibles pour s’assurer qu’ils suivent les mesures et les instructions de prévention appropriées avant de retourner au travail”.

Les industries françaises du luxe et de la beauté sont également touchées. Si le défilé Chanel a bien eu lieu le 3 mars à Paris à l’occasion de la Fashion Week, l’entreprise avait interdit à ses employés basés aux Etat-Unis de se déplacer pour l’événement. Au siège à New York, un employé qui souhaite garder l’anonymat explique “être dans l’attente d’un communiqué officiel de l’entreprise avec plus d’informations”. Il ajoute que “la majeure partie des voyages des employés ont été annulés ou reportés”. La marque Louis Vuitton, qui présentait également sa collection d’automne le 3 mars à Paris, avait également interdit aux employés américains de s’y rendre.

L’entreprise pharmaceutique Sanofi est évidemment sur le front de la lutte contre la pandémie. Son patron de la recherche et développement, John Shiver, faisait partie des responsables de l’industrie pharmaceutique reçus par Donald Trump à la Maison Blanche lundi. Elle travaille à un vaccin (qu’elle espère pouvoir tester d’ici un an à 18 mois). Mais Sanofi, dont le siège américain est dans le New Jersey, est aussi un employeur important aux Etats-Unis (15,000 personnes). L’entreprise a elle aussi décidé d’imposer des précautions. “Les voyages en Chine, Corée du Sud, Iran et sept régions d’Italie sont interdits (sauf exceptions, comme le retour d’expatriés chez eux), et les employés revenant de ces pays et régions doivent rester en quarantaine et travailler de chez eux pendant 14 jours”, explique un porte-parole de l’entreprise. En dehors de ces pays, les évènements avec plus de 50 personnes sont possibles s’ils ne nécessitent pas de voyages internationaux et sont jugés indispensables par le management local.

Que dit la loi américaine ? Comme l’explique le cabinet d’avocat Sheppard Mullin dans un article publié sur son blog, “les employeurs peuvent demander à leurs employés dans quels pays ils ont récemment voyagé et s’ils ont pu être exposés au virus COVID-19”. Ils peuvent également demander à leurs salariés s’ils ont eu “des contacts étroits avec d’autres personnes ayant voyagé dans des pays à risque et/ou ayant été exposées au virus d’une autre manière. L’employeur peut également demander à ses employés d’effectuer des tests médicaux si cela est justifié par la nature de l’emploi en question”. La loi indique enfin que “si un employeur conclut qu’un employé peut constituer une menace pour la santé des autres employés, il peut demander que l’employé reste chez lui pendant la période d’incubation du COVID-19, soit 14 jours”.

La propagation du coronavirus aux Etats-Unis touche même le cinéma français. A New York, le festival Rendez-Vous with French Cinema doit fêter cette année ses 25 ans, mais UniFrance a annoncé le 4 mars l’annulation de la totalité des voyages internationaux des acteurs et réalisateurs français, qui devaient venir présenter leurs films et parler au public. Parmi eux : Juliette Binoche, Claude Lelouche ou Cédric Klapisch… Le festival est en revanche maintenu et les films seront diffusés comme prévu entre le 5 et le 12 mars.

Article écrit par Maxime Aubin, avec Emmanuel Saint-Martin et Manon Seguin.