“Reportez mais n’annulez pas” implorent les professionnels français du tourisme aux US

Le Lincoln Memorial, à Washington DC. Crédits : Colin Maynard.

Limiter la propagation du COVID-19 entraîne des conséquences à échelle mondiale. Si tous les secteurs sont désormais concernés par les mesures restrictives visant à stopper l’épidémie du coronavirus, celui du tourisme a été l’un premiers touchés. Depuis vendredi 13 mars, aucun Français et citoyen membre de l’Espace Schengen ne peut voyager aux Etats-Unis (sauf les résidents permanents), pendant une période minimum de 30 jours. Si les nombreux Français basés aux USA et spécialisés dans le tourisme comprennent les mesures sanitaires en vigueur, ils sont inquiets pour l’avenir de leur commerce.

“Nous risquons de devoir mettre la clé sous la porte”

La situation est extrêmement compliquée, car nous devions accueillir près de 300 groupes de Français d’ici le mois de juin, dont une quarantaine ces deux prochaines semaines, mais malheureusement cela ne se fera pas et nous n’avons pas le choix”, raconte Franck Bondrille qui, avec sa femme Bertille Hocquet, dirige l’agence réceptive Contact USA à Miami. Nous recommandons à nos clients de reporter leur séjour plutôt que de l’annuler, car il y va de la survie de tous les professionnels du secteur du tourisme, précise-t-il. En reportant, cela nous permet de conserver de la trésorerie alors que si nous commençons à rembourser la plupart des voyageurs, nous risquons de devoir mettre la clé sous la porte”, ajoute le Français dont l’activité devrait désormais tourner au ralenti. “S’il n’y a aucune amélioration, nous serons aussi obligés de demander à nos équipes de prendre des vacances ou de travailler en temps partiel”.

Les guides touristiques “flexibles” dans leur politique d’annulation et de report

Guide à Washington DC et fondatrice de Washington En Français, Catherine Rochereul admet qu’elle s’y attendait. Le choc est tout de même violent : en quelques jours, son entreprise de visites touristiques à pied de la capitale américaine a enregistré 45% d’annulation et 25% de report : “Je m’attendais à un très grand niveau d’annulation à cause du virus. Suite aux annonces de Donald Trump, je sens qu’il y a de la déception chez les gens. Ils veulent venir et je les comprends, car leurs vacances sont annulées”, témoigne la guide française qui s’attend à ce que les 30 jours soient étendus.

Heureusement, plusieurs touristes français ont déjà prévu de venir et ont simplement reporté leurs visites. “C’est du business qui reviendra plus tard. Beaucoup sont satisfaits du professionnalisme avec lequel ils sont traités”, se réjouit la guide, qui a adopté une politique de remboursement très “flexible” au vu des circonstances exceptionnelles.

Même constat pour Gilles Lorand, guide français à San Francisco depuis 2014 et fondateur de San Francisco by Gilles. “Cette décision est drastique, mais je préfère que des dispositions soient prises, tout le monde y met du sien, car il faut éviter que la maladie se répande”, exprime Gilles Lorand, qui considère que “la santé passe avant”. Comme la plupart de ses collègues, Gilles Lorand rembourse la totalité de ses clients, ce qui représente une perte énorme. “C’est une perte sèche brute, et en plus je rends l’argent en remboursant les clients. En tant que petite entreprise, c’est un choc économique, car je n’ai plus aucune visite ni de pourboire”. Seule bonne nouvelle, l’été ne semble pas compromis. “Je ne ressens pas de vent de panique pour cet été, et j’ai déjà des réservations pour septembre”.

“On espère que ça passera vite” 

“100% de notre business est affecté”, affirme Elise Goujon, fondatrice de la société de visites touristiques New York Off Road. Ses trois salariés continuent de travailler, mais les 15 guides répartis entre New York, Miami et Los Angeles, sont obligés d’annuler leurs visites depuis mercredi 11 mars. “Mon équipe est sur le pont et nous avons été proactifs, en contactant chaque client pour annuler les visites”, explique la Française qui a déjà les yeux rivés sur le mois de mai. “Nous nous accrochons à ça. On espère que ça passera vite, mais je suis persuadée que les gens vont continuer à voyager. Nous n’avons eu aucune annulation pour cet été“, indique-t-elle.

Certaines entreprises françaises misent sur les reports. Organisatrice de mariages à Las Vegas avec sa société 1dayinlasvegas, Alicia Souily ne rencontre pas encore de difficultés suite à l’interdiction de voyager aux USA pour les Français. “Le mois d’avril est une grosse période pour mon activité avec beaucoup de mariages. Pour le moment, les couples qui souhaitent se marier ont simplement décidé de décaler leur mariage. Ils reportent aux mois de mai ou juin, car ils veulent vraiment se marier aux USA“, explique-t-elle. Si elle n’est pas encore inquiète en termes de d’activités, elle souligne qu’il ne faudrait pas que cette situation perdure car à terme, cela pourrait impacter son activité.

Une grande histoire d’amour entre les Etats-Unis et la France 

En France, les acteurs du tourisme ont été pris de cours. “En 22 ans de carrière, je n’ai jamais connu ça”, s’étonne encore Geoffrey Duval, président du conseil d’administration de l’Office de tourisme des USA en France. L’Hexagone est le 9e pays à visiter les Etats-Unis chaque année. 1,8 millions de Français s’y sont rendus en 2019, soit une augmentation de 4% par rapport à 2018. “Il est évident que certaines entreprises vont y laisser des plumes, mais on va gérer, car tous les acteurs du tourisme ont une passion pour les Etats-Unis”. Beaucoup de questions demeurent, alors que le pic de l’épidémie n’a pas été atteinte. Est-ce que le virus va tenir avec la chaleur ? Est-ce que les gens vont voyager cet été après ce coup dur pour l’économie ? “On ne peut pas savoir à l’avance ! Mais les Etats-Unis et la France ont une grande histoire d’amour qui contrairement à ce que dit la chanson des Rita Mitsouko, finit toujours bien”, assure Geoffrey Duval. Tous les acteurs du tourisme n’ont plus qu’un espoir : que la date butoir du 12 avril mette fin aux restrictions de voyage.

Article rédigé par Grégory Durieu (Miami), Laurent Garrigues (Las Vegas) et Marie Demeulenaere (Washington DC).