Conseils de patron: travailler en couple

Edouard de Fraguier et Laure de Sagazan dans l'atelier new yorkais

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Chaque mois, Conseils de Patron demande à un patron français installé aux Etats-Unis de partager son expérience et les leçons apprises. 


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C’était il y a un an. A la rentrée 2016, la marque de robes de mariées Laure de Sagazan s’installait à New York, dans un atelier en plein coeur de SoHo.

Fondée en 2011, la marque a connu le succès très vite en France grâce à ses robes rétro-chic en dentelle de Calais. Laure de Sagazan a ensuite conquis le coeur des Britanniques, des Espagnoles mais aussi des Japonaises, et depuis un an, des Américaines. Derrière la marque, il y a la jeune styliste trentenaire qui a donné son nom à la marque, mais aussi son financier de mari, Edouard de Fraguier. Couple à la ville et au bureau, les deux amoureux-collègues nous donnent les clés pour réussir à entreprendre en couple.

1/ Cloisonner et garder du temps pour soi

Prendre son petit-déjeuner en parlant comptabilité, partir au bureau ensemble et diner au rythme des conversation autour du chiffre d’affaires ou des investissements… Très peu pour Laure de Sagazan et Edouard de Fraguier. “Je suis un taliban sur le sujet“, reconnaît la chef d’entreprise. “Je suis une grande anxieuse et j’ai besoin de cloisonner. Dans la rue, si Edouard me pose une question le soir en rentrant, je l’invite à me la poser le lendemain à 9h“. Ne pas parler boulot à la maison, ça n’a pourtant pas toujours été la règle entre eux, car pendant les trois premières années de la marque, Edouard de Fraguier cumulait son job de consultant et la gestion de la start-up. “Quand je rentrais le soir, je devais rattraper le retard et me tenir informé, ce qui était très pénible pour Laure qui avait baigné dedans toute la journée“. Devenir parents d’un petit garçon cette année a renforcé la règle du “pas de boulot à la maison”. “ Je suis plus tenté d’en parler que Laure mais je pense qu’elle a raison et que c’est une des clés pour que ça marche“, explique-t-il. Résultat, Laure de Sagazan et Edouard de Fraguier estiment qu’ils parlent moins boulot qu’un couple qui ne travaille pas ensemble et qui débriefe sa journée autour du dîner.

2/ Chacun son rôle

Il y a une différence entre passer la tête dans le bureau de l’autre pour demander un conseil ou faire une suggestion et prendre toutes les décisions à deux. Dans le couple, de Sagazan-de Fraguier, chacun gère sa partie du business. Madame s’occupe de la création et de la communication. Monsieur s’occupe de la gestion et du développement. “On échange évidemment, on se parle très souvent pendant la journée et on prend toutes les décisions importantes ensemble mais on est sur deux univers très différents et on ne se marche pas sur les pieds“, explique Laure de Sagazan. “J’aime bien avoir l’avis d’Edouard sur mes robes mais pour lui ce n’est jamais assez décolleté ou assez court!“, plaisante la jeune entrepreneuse. En ce qui concerne les rendez-vous comptabilité ou les rencontres avec des distributeurs, c’est Edouard de Fraguier qui s’en charge. Pour les embauches, en fonction du poste, chacun a son mot à dire. Sur les 40 personnes qui travaillent pour la marque, la plupart sont indépendants et s’occupent de la confection des robes. Edouard de Fraguier est en fait le seul homme chez Laure de Sagazan.

3/ Communiquer pour éviter les trop pleins.

Découvrir son partenaire à la ville sous un tout autre jour est aussi un des risques du travail en couple. Les pieds sur le bureau, les déjeuners qui durent des heures, les mails sans réponse ou les haussements de voix. On peut parfois être surpris du comportement de l’autre. Sans arriver à ces extrémités, Laure de Sagazan et Edouard de Fraguier reconnaissent avoir parfois été surpris. “Les premières fois qu’Edouard m’a invitée à des rendez-vous par mail, je répondais systématiquement non ou peut-être, parce que ça m’énervait trop d’être invitée à ‘une conf call’ alors qu’il était dans le bureau d’à côté. C’était un peu le choc des univers!” raconte Laure de Sagazan. De son côté Edouard de Fraguier a trouvé inappropriée les relations d’amitié, presque de tendresse entre sa femme et les salariés. “Il m’a fait comprendre qu’une boite ne peut pas fonctionner uniquement à l’affect, qu’il faut une certaine distance“. Finalement, chacun reconnaît avoir appris de l’autre, et que les défauts se sont lissés avec le temps.

4/ Tout prévoir, même le pire

Décès, faillite, séparation. Peut être plus que les autres couples, ceux qui travaillent ensemble doivent penser à tout. Pour protéger l’entreprise et ses propres intérêts. Même s’ils trouvent le sujet grave, Laure de Sagazan et Edouard de Fraguier ont signé un pacte d’associés comme le font beaucoup de créateurs d’entreprises, prévoyant notamment les conditions de sortie. Mais le fait de travailler côte à côte et avec un risque supplémentaire sur les épaules présente aussi des avantages. “On se connaît par coeur, on se comprend parfaitement“, avoue Edouard de Fraguier. “Cette situation responsabilise beaucoup, ça pousse à avoir de la maturité, estime pour sa part Laure de Sagazan. L’engueulade de la veille qui pourrait s’éterniser dans un autre contexte? On sait qu’il faut qu’on avance, dans l’intérêt de la boîte. Ça créé une bienveillance et on oublie plus vite les rancœurs“, explique-t-elle, en ajoutant qu’heureusement les disputes sont rares!

5/ Partager la même ambition

Diriger une entreprise à deux, c’est aussi partager les mêmes objectifs, notamment en terme de développement. Pour Laure de Sagazan et Edouard de Fraguier, il s’agissait de l’ouverture à l’international avec notamment une présence aux Etats-Unis. “On a commencé à y penser il y a deux ans, après pas mal de commandes de clientes américaines. Des femmes qui parfois faisaient les aller-retour pour les essayages“, se souvient Edouard de Fraguier. La question était alors de savoir si on ouvrait une franchise ou en propre”.

Finalement, le couple et leur troisième associée ont opté pour un atelier à New York avec du semi sur-mesure uniquement. Les robes sont envoyées aux Etats-Unis et elles sont retouchées sur la future mariées par des couturières dans l’atelier de Soho. En un an, une centaine de robes ont été vendues de ce côté de l’Atlantique. Un succès évident pour la marque Laure de Sagazan qui a conduit à la décision d’ouvrir cet automne un atelier sur-mesure, identique à celui de Paris. Du côté des modèles, ce sont les mêmes que pour les mariées françaises car les clientes raffolent des dentelles de Calais, des crêpons de soie ou encore de la crêpe georgette, marque de fabrique des robes Laure de Sagazan. Même si certains plaisent plus aux Américaines comme les emmanchures dos nageurs. Aujourd’hui Laure de Sagazan est donc présente à New York avec son atelier, dans un multimarque (The Muse), à Minneapolis dans une boutique propre et chez des partenaires à San Francisco.

 

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