Les conjoints d’expatrié.e.s, entre sacrifices et réinvention

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Valises bouclées, tout semble prêt. Chaque année, de nombreux couples sont amenés à s’expatrier aux Etats-Unis et dans le monde. Souvent, l’un suit l’autre. Peu préparées, ces expatriations peuvent être difficiles à vivre pour les conjoints, qui ont parfois du mal à se retrouver dans le projet.

En la matière, la parité n’est pas encore au goût du jour. Selon une étude d’Expat Communication et Humanis en 2017, 92% des conjoints suiveurs sont des femmes. Loin d’avoir à envier ceux qu’elles accompagnent, ces femmes sont 42% à parler deux langues et 73% à avoir un master ou un doctorat. Pourtant, l’intégration professionnelle n’est pas tâche facile, même pour celles qui ont un visa leur permettant de travailler aux Etats-Unis. « J’ai passé entre 6 et 9 entretiens pour des postes intéressants, je n’ai pas été engagée. J’ai fini dans une boîte française mais je suis beaucoup trop diplômée et expérimentée pour mon poste actuel », confie Stéphanie Dauder, qui a suivi son mari travaillant dans le luxe à New York.

Trouver du travail peut prendre du temps et les barrières sont nombreuses : responsabilités liées à l’éducation des enfants, réseau limité, incertitude sur le type de carrière souhaitée. Amandine Plochat, sous visa J-2, a suivi son mari chercheur: « J’étais kiné à domicile à mon compte. J’ai dû tout stopper rapidement et partir. Je ne peux pas exercer ici. Je vais commencer en tant que volontaire dans le laboratoire de mon mari ». 28% des conjoints estiment que l’expatriation est une rétrogradation dans leur carrière, 59% le voient comme une promotion et 30% comme un sacrifice. Amandine Plochat n’a pas de regrets : « C’est une opportunité pour moi, mon métier ne m’aurait pas permis ce genre d’expérience. C’est un sacrifice mais je suis contente de découvrir que ça en vaut la peine ». 

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Souvent, les conjoints ont l’impression de n’être que l’ombre de l’autre. L’intégration sociale se fait difficilement. Dans un pays où l’on se retrouve démuni de tout repère, rester à la maison n’aide pas. “Quand on a fini de s’installer, je me suis retrouvée seule à la maison sans boulot. Mon mari, lui, rencontrait plein de nouvelles personnes, il s’est très vite fait des amis”, raconte Amandine Plochat.

“Il faut revisiter tout son mode de vie”, avoue Capucine Lamour. Cette jeune femme de 35 ans a rejoint son mari il y a trois ans. “Pour m’intégrer, je pensais rejoindre des Américaines, sortir, parler avec elles, mais ici ça ne fonctionne pas comme ça”. Psychologue de formation, elle s’est rapprochée de la communauté française et est devenue coach pour les conjoint(e)s d’expatriés. “J’ai connu des cas très différents les uns des autres, mais souvent les mêmes problématiques reviennent”, raconte-t-elle. Depuis, cette jeune maman a fondé un groupe d’entraide sur Facebook pour les autres mères françaises de New York.

Eric Georges fait partie des 8% d’hommes qui ont suivi leurs femmes, si l’on en croit l’étude d’Expat Communication. Après une expatriation à Singapour, Eric Georges a suivi sa femme avocate aux Etats-Unis, sous visa L2. “Je venais de monter ma boite de conseil en achats à Singapour lorsque l’on a dû partir pour les Etats-Unis. J’ai dû tout recommencer du début, me refaire tout un réseau. Ça passe par rencontrer des Français”, confie-t-il.

Heureusement, ces conjoints suiveurs ne sont pas seuls. Il existe des livres pour aider les couples et les familles à préparer leur expatriation. Des associations existent pour les épauler à l’étranger. C’est le cas des “Accueils”. Initiés par la FIAFE (Fédération International des Accueils Français et Francophones à l’Etranger), 195 structures sont présentes dans le monde entier dans le but d’accueillir, informer, intégrer les Français s’expatriant à l’étranger.

L’Accueil New York accueille plus de 500 familles. “On est tous passé par ce stade d’intégration au début de l’expatriation, notre but c’est aussi de rassurer le conjoint”, explique Christel Grein, présidente de l’ANY. À Houston, quatre conjointes d’expatriés ont créé Houston Expat Pro, un réseau professionnel destiné aux conjoints. “L’idée est née du constat que le conjoint d’expatrié doit se réinventer à chaque fois et ne sait pas vers qui se tourner, surtout au niveau professionnel”, explique Maylis Curie, présidente de Houston Expat Pro. A l’aide de séances de networking, de réunions et d’ateliers, l’association a aidé à lancer des activités d’entreprenariat, souvent des reconversions.

Malgré tout, si c’était à refaire, tous les conjoints interrogés le referaient sans hésiter. “Je suis avec la personne que j’aime, c’est le plus important pour moi. J’apprends à construire ma vie autour de ça”, positive Capucine Lamour. “Si c’était à refaire, raconte Stéphanie Dauder, je le referais pour la qualité de vie, la joie des enfants, les voyages”.