Charlie Hebdo reçoit le prestigieux Prix Daniel Pearl à Los Angeles

La salle est debout. Le crépitement des flashs se mêle au tonnerre d’applaudissements. Dimanche soir, sous les lustres et les dorures du luxueux Millenium Biltmore Hotel de Los Angeles, le journaliste Antonio Fischetti vient de recevoir, au nom de l’équipe de Charlie Hebdo, le Prix Daniel Pearl du courage et de l’intégrité en journalisme.

Décerné par Judea Pearl, père du journaliste décapité par Al Qaïda au Pakistan en 2002, le prix est remis chaque année, en partenariat avec le Los Angeles Press Club, l’association des journalistes de la cité des anges, qui organisait dimanche sa 57e soirée annuelle.

“C’est un honneur de recevoir ce prix. Merci de la part de toute l’équipe de Charlie Hebdo, les survivants tout comme ceux qui ont perdu la vie le 7 janvier dernier”, a lancé Antonio Fischetti, très emu.

Ce journaliste de 54 ans, auteur de chroniques scientifiques au sein de l’hebdomadaire, a expliqué qu’il avait “échappé à l’attentat” car il se trouvait au moment du drame “à l’enterrement de sa tante”. Lors d’un précédent voyage à Lima, au Pérou, il avait d’ailleurs affirmé à la presse “éprouver un sentiment de culpabilité”, à être encore en vie.

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“Quelques clarifications”

“Je voudrais établir quelques clarifications” a-t-il déclaré devant la salle. “Charlie Hebdo a toujours fait la différence entre musulmans et terroristes, entre la critique de toutes les religions, un droit garanti par la loi française, et le racisme, que notre journal a toujours combattu”, a-t-il tenu à rappeler.

“J’ai voulu re-préciser les choses parce que l’idée que Charlie Hebdo est raciste est quelque chose que l’on entend fréquemment, y compris dans le monde journalistique, auprès de gens pourtant très instruits”, a raconté Antonio Fischetti à French Morning, après la cérémonie.

Une allusion au pataquès du PEN American Center de New York : au printemps dernier, des écrivains américains ont boycotté le gala littéraire du PEN, après que ce dernier avait annoncé la remise d’un prix à Charlie Hebdo. “Ce genre de propos nous met hors de nous, car cela porte atteinte à l’essence même de Charlie Hebdo qui s’est toujours battu contre le racisme”, poursuit Antonio Fischetti.

“Si tout s’arrêtait, ils seraient morts pour rien”

Interrogé sur le moral de l’équipe actuelle, Antonio Fischetti a confié à French Morning que Charlie Hebdo continuait, même si ce n’est pas facile tous les jours. “Nous réagissons tous de façons très différentes, en fonction de ce que nous avons vécu. Certains veulent prendre leurs distances. D’autres, au contraire, s’investissent encore plus. C’est mon cas”, explique le journaliste.

“Je travaillais auparavant à mi-temps à Charlie Hebdo pour pouvoir me consacrer à d’autres activités. Aujourd’hui, je suis à plein temps. Après ce qui s’est passé, j’ai envie de me donner au maximum pour ce journal. Car si tout s’arrêtait aujourd’hui, cela voudrait dire qu’ils sont finalement morts pour rien.”

En plus du ghota journalistique américain présent dimanche, plusieurs personnalités francophones avaient fait le déplacement, comme le dessinateur de presse suisse Patrick Chappatte. Une cérémonie pleine d’émotion, mais aussi sous très haute surveillance policière, afin d’empêcher toute nouvelle tentative d’attentat.