Pour Charles Rivkin, TAFTA doit “prendre en compte les sensibilités culturelles”

Le Secrétaire d’Etat adjoint américain à l’Economie était l’invité d’honneur de l’Alliance Françaises de Los Angeles. French Morning en a profité pour l’interroger sur les très controversées négociations sur le traité transatlantique. Terrain miné!

Face à l’hostilité croissante de l’opinion européenne à l’encontre du traité de libre-échange entre l’UE et les Etats-Unis (TAFTA – TTIP en anglais), discuté depuis lundi à huis clos à Washington, le secrétaire d’Etat adjoint aux affaires économiques Charles Rivkin a relativisé les craintes suscitées par cet accord controversé.

“Il s’agit d’un traité important qui va transformer la relation entre les Etats-Unis et l’Europe”, a expliqué à French Morning, mardi 21 avril, l’ancien ambassadeur des Etats-Unis en France, quelques minutes avant de se voir remettre le prix de l’Alliance Française, en marge du festival de cinéma COLCOA, à Hollywood.

“Les protestations et la méfiance que suscite cet accord sont basées sur une désinformation de l’opinion. C’est souvent le cas lorsque des négociations n’ont pas encore abouti à un accord: l’absence d’éléments concrets favorise toutes sortes de spéculations qui engendrent des peurs”, a estimé Charles Rivkin, très impliqué dans ce dossier.

Le futur accord vise à supprimer les barrières douanières et règlementaires entre les Etats-Unis et l’Europe, ce qui aboutirait à la création du plus grand marché du monde. Au risque d’affaiblir certaines normes sociales, environnementales et culturelles, estiment certains. Plusieurs manifestations “anti-TAFTA” ont éclos en Europe et dans diverses villes de France ces derniers jours.

Charles Rivkin est convaincu qu’une bonne compréhension des spécificités de la culture française (et plus largement européenne), est la clef des négociations. “Il faudra faire preuve d’une véritable sensibilité culturelle pour parvenir à un accord. Il est par exemple essentiel dans ces négociations de vraiment comprendre la notion de terroir”, souligne-t-il.

“Lorsque j’étais ambassadeur en France, j’ai rencontré lors d’un salon de l’agriculture une éleveuse de brebis de Lacaune, qui produisait le lait utilisé pour le célèbre Roquefort, fabriqué dans la région depuis des centaines d’années. J’ai compris en l’écoutant pourquoi il était si important pour elle que des producteurs de fromage du Wisconsin ne puissent pas utiliser la même appellation. Je ne suis pas en train de dire qu’on ne négociera pas dans ce domaine. Mais il est nécessaire de comprendre un contexte culturel pour pouvoir avancer et négocier efficacement.”

Interrogé au sujet des divergences entre la France et les Etats-Unis dans le dossier iranien (qui a abouti à un accord-cadre à Lausanne le 2 avril dernier et dont les négociations ont repris à Vienne mercredi), Charles Rivkin a nié toute tension entre les deux pays. “Il faut rappeler que c’est grâce à l’action de l’Europe et des Etats-Unis, que l’Iran est aujourd’hui à la table des négociations. A l’heure actuelle, il y a certes encore beaucoup de travail. Mais nous collaborons en ce moment même étroitement en tant que partenaires du P5+1 (France, Etats-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni et Allemagne), dans l’espoir de trouver, ensemble, une solution.”