Comment Cécile Schmollgruber a conquis le monde de la 3D

Cécile Schmollgruber termine son pitch face à une petite assemblée réunie au French Tech Hub de San Francisco, et personne n’en a perdu une miette. Au point qu’à la fin, plusieurs personnes dans le public s’interrogent: par qui la technologie de Stereolabs va-t-elle se faire racheter ? (dans l’assemblée on spécule : Google. Facebook. Amazon).

Il faut dire que la petite start-up française, installée depuis peu à San Francisco, est en plein dans la tendance qui intéresse les géants des technologies.

Elle vient de lancer une camera 3D haute-définition et low-cost, la ZED, associé à un logiciel qui permet de restituer ces images. L’idée est de reproduire la vision humaine, afin de permettre aux machines de “voir” en 3D, nous dit Cécile Schmollgruber, la fondatrice de Stereolabs, qui s’est installée à San Francisco l’année dernière.

Des fonctionnalités très utiles pour les drones, les véhicules sans chauffeurs, certains objets connectés, la cartographie, la création de vidéos en 3D… Sa caméra est vendue 450 dollars l’unité – un prix amené à baisser. “Notre logiciel est très puissant, si puissant qu’on a pas eu besoin de créer un hardware très cher”, poursuit la CEO de Stereolabs.

Plusieurs caméras de ce type existent sur le marché – la Kinect de Microsoft est sans doute la plus connue. Mais Cécile Schmollgruber estime que la ZED est imbattable en termes de rapport qualité/prix. “La Kinect ne marche pas bien en extérieur, contrairement à la nôtre. On a aussi une portée beaucoup plus longue, jusqu’à 20 mètres, alors que la Kinect s’arrête à 5 mètres. L’équivalent de la ZED, c’est la LIDAR, utilisée dans les Google Cars. Mais elle coûte plusieurs milliers de dollars”, affirme cette ingénieure parisienne de 31 ans.

A peine lancée, la ZED a déjà séduit. Parmi ses clients : la Nasa, GoPro, Intel, Amazon, Parrot, Toyota… Des développeurs indépendants et des start-ups figurent aussi dans la liste. “Ca marche bien, encore mieux que les activités précédentes. En quelques mois, on a vendu à tous les leaders dans ce domaine. C’est génial, car on on touche à un énorme besoin.”

Stereolabs n’est pas né de la dernière pluie. Cécile Schmollgruber a créé cette start-up il y a sept ans avec Edwin Azzam et Olivier Braun, deux camarades de promo de Sup’Optique, une école d’ingénieurs du plateau de Saclay, en banlieue parisienne.

Les trois étudiants commencent à s’intéresser à ce sujet en 2007, lors d’un travail pour le CHU de Tours sur un prototype de caméra en relief à destination des médecins. “On s’est rendu compte qu’il y avait un gros problème d’inconfort visuel avec la 3D. Et on a commencé à développer notre logiciel, qui corrige cette difficulté, et qui est aujourd’hui notre marque de fabrique”, raconte Cécile Schmollgruber, qui est aussi diplômée de l’Essec.

Son logiciel, l’équipe de Stereolabs commence à le proposer au monde de la télévision, à partir de 2009, et travaille notamment sur la retransmission d’événements sportifs. “Puis on est venu montrer ce qu’on faisait à Los Angeles, et on a travaillé avec des boites de production de cinéma de 2012 à 2014.” Stereolabs est repéré par les studios de James Cameron, et collabore avec le réalisteur pour Avatar 2.

Fin 2014, Cécile Schmollgruber sent le vent tourner, et décide d’entrer dans le monde du “hardware”. “On a vu qu’il y avait dans le monde industriel un besoin fort de connaitre les espaces, ou de mesurer les distances pour la navigation autonome. On s’est dit qu’on allait faire nos propres caméras. D’où la ZED.”

Stereolabs compte aujourd’hui quinze salariés à Orsay, et cinq personnes à San Francisco, installées au sein du French Tech Hub. Dont Cécile Schmollgruber. “J’ai fait beaucoup d’aller retours à Paris l’année dernière, là je vais essayer d’en faire un peu moins.” 

Pour le moment, la jeune femme se concentre sur sa levée de fonds aux Etats-Unis, la prochaine étape pour Stereolabs. Avant toutes celles d’après.