Carole Bouquet : « Je suis un paradoxe ambulant »

Quand elle arrive au café lounge du Mandarin Oriental à New York, avec ses yeux verts de chat, sa coiffure lisse impeccable et sa longue silhouette moulée dans une robe aux couleurs de son vin sicilien, violet et jaune d’or, l’effet est immédiat. Les regards se tournent vers elle. À 54 ans, Carole Bouquet possède toujours ce charisme légendaire, longtemps pris pour de la froideur hautaine. Mais dès qu’elle parle d’amour, c’est la gourmande qui prend le dessus. Son sourire immense illumine son visage. Si Impardonnables a un message, c’est bien celui de l’amour possible, quoi qu’il arrive. « Malgré les vicissitudes et les blessures, on peut aimer. Car contrairement à ce que l’on croit, on devient de plus en plus fragile avec les blessures. Quand j’avais 20 ans, je croyais que j’allais être plus forte à 50 ans. C’est exactement le contraire. Malgré tout, et c’est ce que raconte le film, l’amour vaut la peine d’être vécu. »

Impardonnables, adaptation assez libre du livre de Philippe Djian, est l’histoire de Francis (André Dussolier), un écrivain qui vient chercher l’inspiration à Venise. Il tombe amoureux de Judith, l’agent immobilier qui lui fait visiter la maison où il va s’installer (bande-annonce ci-dessous). Elle est une femme libre vivant au gré de ses rencontres, de ses amours au masculin comme au féminin. Une femme qui ressemblerait à l’actrice. « Oh! Judith est beaucoup plus libre que moi ! [rires] Il y a des femmes qui m’ont fascinée, avec qui j’aurais aimé partager un bout de vie, ce que je n’ai pas fait. Je trouve extraordinaire de le faire. J’aimerais bien avoir cette liberté là. Je ne l’ai pas. »

En plus de trente ans de carrière et une cinquantaine de films, Carole Bouquet n’avait jamais tourné avec André Téchiné, qui a pourtant fait jouer les plus grandes actrices, de Catherine Deneuve à Juliette Binoche. « On se connaissait, mais il n’y avait pas d’occasion, pas de scénario pour moi. Téchiné a travaillé sur ce film en pensant à moi, un peu depuis le départ, et on est arrivé finalement à le faire. »

Le lieu de tournage signe le grand retour du réalisateur dans la Cité des Doges, 43 ans après la présentation de son premier long-métrage, Paulina s’en va. Pour Carole Bouquet, il s’agit d’un clin d’œil à son adolescence : c’est à Venise qu’elle a eu son premier coup de cœur pour l’Italie. « Ça ne m’a jamais quitté depuis mes 15 ans. J’aime tout de l’Italie, je n’y vois aucun défaut. J’ai un vignoble en Sicile, à Pantallegria. Ce n’était pas prévu, mais c’est par amour pour cette terre que j’ai fini par faire du vin qui, maintenant, se retrouve à New York dans tous les meilleurs restaurants. C’est une folie [elle se pince le bras pour s’assurer qu’elle ne rêve pas], c’est incroyable cette histoire. Ce n’était vraiment pas prévu. »

Carole Bouquet adore aussi bien Big Apple, la ville de ses années punk aux côtés d’Andy Warhol, que son île italienne isolée qui l’oblige à rester cloîtrer les jours de grands vents. « Je suis un paradoxe ambulant. J’aime la solitude de Pantallegria comme le dynamisme de New York, la méditation comme l’action. Je me fatigue moi-même. J’ai les deux en moi, et j’ai besoin des deux. »

Après son séjour dans la Grosse Pomme, elle repartira dans son vignoble sicilien, très loin des plateaux de cinéma. « Quand j’y suis, je deviens non pas impardonnable mais injoignable ». Un paradoxe de plus pour une habituée des projecteurs…

Infos pratiques:

Unforgivable (Impardonnables) d’André Téchiné, avec Carole Bouquet, André Dussolier et Mélanie Thierry. Sortie le vendredi 29 juin à l’IFC Center  (323 6th Ave) et le Beekman Theatre (1271 2nd Ave)

Photo: Carole Bouquet dans Impardonnables (crédit: Strand Releasing)