Pourquoi les calories sont-elles affichées dans les fast foods à New York ?

Auriez-vous le réflexe de commander un double cheese burger supplément cheddar si on vous mettait les calories sous le nez ? À New York, les chaînes de restauration rapide sont sommées d’afficher le nombre de calories présentes dans les plats servis. Pourquoi, et surtout pour quel impact? C’est la question bête de la semaine.

L’affichage des calories est entré en vigueur en mars 2008 à New York sur fond d’augmentation des taux d’obésité. New York est devenue la première ville à adopter une telle mesure. Des lois similaires ont aussi été passées en Californie et dans une vingtaine d’États américains. Pourquoi se concentrer sur les calories? “Les New-Yorkais ingèrent un tiers de leurs calories en dehors de leur domicile. Le manque d’informations disponibles dans les établissements de restauration facilite la consommation de calories sans le savoir. Accumuler 100 calories de plus chaque jour peut aboutir à 10 livres de plus par an. Les problèmes de poids peuvent causer le diabète et l’obésité, deux problèmes de santé majeurs en augmentation à New York City, ainsi que des problèmes cardiaques ” peut-on lire dans un document du New York City Health Departement. 

Même si elle a suscité l’engouement des nutritionnistes, la loi est loin d’avoir fait l’unanimité chez les chaînes de restauration rapide. Ces dernières avaient été identifiées comme les principales sources d’obésité et concentraient à elles seules un tiers de la fréquentation totale dans les restaurants new-yorkais (même si elles ne représentaient que 10% des établissements). Les associations de restaurateurs ont attaqué la loi, utilisant le Premier amendement sur la liberté d’expression pour affirmer que le gouvernement n’avait pas le droit de faire dire à leurs membres des choses qu’ils “n’avaient pas envie de dire” , pour reprendre une formulation issue d’une étude publiée dans la revue Health Affairs. L’expérience new-yorkaise a entraîné le passage de lois et de règlements dans l’Ohio, en Californie et dans l’Etat de Washington interdisant l’affichage des calories.

Plus de sept ans après son entrée en vigueur, la loi n’a pas eu les effets escomptés. Le NYU Langone Medical Center a montré dans une étude réalisée à New York et dans le New Jersey que les clients de la restauration rapide consommaient environ le même niveau calorique en 2014 qu’en 2008. En outre, ils sont de moins en moins attentifs: en 2008, 51% des sondés faisaient attention à l’affichage, contre seulement 37% en 2014. La part des New-Yorkais en surpoids est relativement importante (34%) et 22% sont obèses pour couper court aux controverses.

Autre souci: la fiabilité des chiffres affichés. “Des études montrent des variations moyennes de 10 à 20%. Mais les décomptes de calories sont des chiffres approximatifs de toute manière et sont difficiles à réaliser de manière précise” , explique Marion Nestlé, professeure de nutrition et de santé publique à NYU. Les mesures sont effectuées par des laboratoires privés auxquels les restaurants envoient un échantillon via FedEx ou UPS, comme nous le raconte MarketPlace. Le laboratoire visité par le site d’information économique facture jusqu’à 700 dollars par échantillon.

Après l’entrée en vigueur en 2017 d’une loi fédérale imposant l’affichage des calories dans les chaînes de restaurants sur l’ensemble du territoire, les restaurants devraient dépenser la coquette somme de 85 millions de dollars sur les vingt prochaines années pour réaliser ces examens – une estimation de la Food and Drug Administration (FDA). On comprend donc mieux l’hostilité des lobbies de la restauration rapide, qui sont parvenus à faire repousser l’application de la loi à mai 2017. L’American Pizza Community, qui représente Domino’s, Papa John’s et Pizza Hut notamment, est vent debout contre cette réglementation découlant d’Obamacare. Le lobby dénonce pèle-mêle une mesure inefficace et non-fiable requérant d’importants moyens humains et financiers. On a du mal à l’avaler.