Bloqués à New York, et pas mécontents de l’être

Il est midi ce mardi et le ciel est beaucoup trop gris. Mais hormis cette couleur plutôt inhabituelle à New York, la ville est en train de retrouver son énergie. Au revoir Sandy. A Times Square, poumon de la ville, les cafés se remplissent, les habitants et les touristes s’aèrent. Cela ressemble à un dimanche déguisé en mardi.

Atmosphère de bonne humeur, de flânerie, mais aussi d’angoisses et d’ennui : de nombreux touristes français sont bloqués. Isabelle et ses filles Joy et Manon font partie du contingent de Français coincés à l’hôtel Miford Plaza, sur la 45e, sans trop savoir ce qui les attend dans les jours à venir. Venues découvrir New York pour un week-end de quatre jours, elles se disent un peu déçues. « On vient de Bretagne donc la pluie ne nous gêne pas, on avait même un peu de mal à comprendre l’affolement général, tous ces gens qui dévalisaient les magasins… Puis hier, nous avons un peu paniqué, enfermées dans notre chambre d’hôtel », explique Isabelle.

Le mal est passé. Reste l’attente. Leur vol est censé décoller ce mardi soir à Newark, dans le New Jersey. « C’est impossible les routes sont bloquées », note Isabelle qui n’a pas réussi à joindre la compagnie -American Airlines, via Nouvelles frontières- mais qui a en revanche pu joindre son assurance, lui expliquant que « si je loupais mon vol, c’était pour ma pomme ». « C’est compliqué, je parle mal anglais, je ne sais pas trop comment joindre la compagnie, l’hôtel ne nous donne pas de renseignements… ». Isabelle constate, sans trop critiquer, elle se doute bien que la situation est complexe.

En attendant : shopping ! « Mais tout est fermé », déplorent les filles. « Pas d’inquiétude, c’est les Etats-Unis, Business is business », répond Isabelle, ça va rouvrir. C’est le cas, l’après-midi s’étire et les magasins ouvrent, se remplissent. Devant le Milford Plaza, Mahalia guette les Français afin de leur donner conseils et consignes. Elle est guide. « Mais depuis Sandy, je suis en charge de la logistique et accessoirement nounou et assistante sociale », ironise-t-elle. Elle est tenue par la compagnie qui l’embauche d’encadrer son groupe de Français dans cette « crise Sandy », à savoir de veiller à ce qu’ils aient une chambre d’hôtel, leur en trouver une autre si besoin, leur transmettre les informations fournies par la ville sur l’état des routes et des aéroports mais aussi les consignes. Par exemple : ne pas rester sous les arbres et ne pas aller se promener vers Wall Street afin de ne pas gêner les opérations en cours de pompage d’eau .

Mahalia estime que ce mardi est une journée d’attente, et que si pagaille il y a, elle commencera demain, quand les aéroports reprendront du service (éventuellement). Elle note que les touristes sont un peu plus « détendues » que lors de l’épisode du volcan islandais, en 2010. « C’est moins lointain, moins abstrait, les gens voient bien qu’il y a des dégâts, ça les rend plus tolérants. »

Ils sont tolérants, voire contents ! A quelques mètres de là, à côté de l’immense hôtel Mariott Marquise où des touristes campent ici et là sur la moquette épaisse, une famille lyonnaise étudie joyeusement la carte des risottos d’un restaurant italien. Ils sont venus voir leur fille, adolescente, apprentie danseuse dans un ballet new-yorkais. Ils sont censés repartir demain soir mais n’ont aucune idée de l’état de leur vol : « On n’a pas vérifié, on verra bien, ils ne nous ont pas contacté en tout cas… De toute façon, il y a pire dans la vie que d’être bloqué à New York ! », résument-ils avec le sourire. Une mère et sa fille, pretzel géant en main, passent par là, elle nous lancent en français, « L’ambiance est sympa, non ? Profitez en ! ».

Non loin, au Sofitel de Times Square, les 400 chambres sont occupées, et la réception ne cache pas que c’est un peu le bazar… Ceux qui devaient partir ne partent pas, d’autres ont fait des réservations en ligne alors que le système informatique, saturé, n’enregistrait plus rien ; et tout le monde se retrouve là ! Mais il y aussi des touristes qui patientent au calme (il faut dire qu’il y a pire comme endroit), Christophe et Maggy sont carrément de bonne humeur. Elle ne cache pas avoir eu très peur hier, alors elle se sent soulagée. Christophe hallucine complètement devant la couverture médiatique française et américaine, laissant entendre que 6 mètres d’eau les attendaient à la sortie de l’hôtel… « Ils font paniquer tout le monde ! ».

Eux se portent bien et comptent profiter de leur séjour rallongé de trois jours, jusqu’à jeudi si tout se passe bien. « Pour la petite histoire, on a gagné ce voyage grâce à RTL2, c’est notre anniversaire de mariage. Et sans vouloir faire de pub, la radio assure qu’ils ont une sorte de mini cellule de crise rien que pour nous ! », expliquent-ils. Quant à leur compagnie aérienne, la réputée cheap XL Airways, elle les tient au courant par texto au fil de la journée, ils ne se plaignent  pas. « On s’en souviendra ! », conclut Maggy. Oui, on s’en souviendra.