Aveuglante absence de Thierry Dreyfus

Ce n’est pas qu’il n’aime pas parler, Thierry Dreyfus, mais il n’aime pas expliquer. Et surtout pas expliquer son art. “Quand j’ai fait l’éclairage de Notre Dame à Paris (ndlr: lors des dernières Nuits Blanches en octobre 2010), on n’a pas donné un mot d’explication. il y avait seulement la musique, et 50 000 personnes qui regardaient cette cathédrale complètement dans le noir, tout à coup éclairée de l’intérieur. Ils étaient sur le cul…”

Et impressionner, il aime ça. “Sculpteur de lumière”, connu en France pour avoir allumé le Grand Palais, Versailles ou, donc Notre Dame, Thierry Dreyfus a traversé pour la première fois l’Atlantique pour une création originale présentée à l’Invisible Dog, à Brooklyn. Dans une des parties de l’installation, une pièce construite pour l’occasion, entièrement noire, le spectateur entend un battement de coeur, crescendo, puis la lumière survient qui éclaire un mannequin de résine. La lumière devient si forte qu’elle finit par faire disparaître la sculpture. Gifle visuelle et interrogation du spectateur.

“C’est ça que je cherche: que le type qui regarde ça s’interroge. C’est à lui de chercher, pas à moi de lui dire” dit Dreyfus. La quête se poursuit avec l’installation de miroirs entre lesquels circule le spectateur. Des miroirs artificiellement vieillis dans lesquels on distingue des formes: un fusain de Seurat, un paysage, qui se mêlent à l’image du spectateur. Illusion…

Au sous-sol, la visite se poursuit avec une exposition de photos géantes. Une première pour Dreyfus: “je fais des photos depuis 25 ans, mais je n’expose que maintenant. C’est un long processus…” Dans chaque photo, des fragments de miroirs que l’artiste a placé dans le paysage qu’il allait photographier. Jeux de lumières, encore. Et de nouveau refus d’explication: chaque photo ne porte que ses coordonnées géographiques. “Les gens n’ont qu’à chercher”. Il ne donnera qu’une région (l’Europe de l’Est), mais très vite on comprend quels lieux, chargés de l’horreur de l’histoire, ont été photographiés. “Mais si je le dis , la compréhension change complètement. Passer par les mots, c’est manipuler” assène l’artiste. Qui se marre quand on lui suggère qu’avec sa lumière et ses miroirs il n’a guère besoin de mots pour nous manipuler.

Où ? The Invisible Dog Art Center, 51 Bergen Street, Brooklyn, NY 11201 ; (347) 560-3641

Quand ? Jusqu’au dimanche 20 Février

Combien ? Gratuit et ouvert au public

(PHOTO: Simon Courchel for The Invisible Dog).