Avec une première ouverture à L.A, Lab Five se rêve en géant américain des centres d’urban soccer

Sebastien Abonnel a l'ambition des géants de la tech. /Photo S.C.

Infos pratiques

Lab Five

9740 Telfair Ave, Pacoima

Ouvert tous les jours de 9:30 am à minuit

Prix : 10 dollars par heure et par joueur

Informations ici

Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir d’une discussion de comptoir. Elle peut vous mener loin. En tout cas, elle a fait traverser l’Atlantique à Sebastien Abonnel, originaire d’Aix-en-Provence.

Le Français a officiellement ouvert depuis mi-septembre Lab Five, un ensemble de terrains de foot à 5 en plein air à Pacoima, au nord de Los Angeles. “Un centre où on se sent comme à la maison, avec une ambiance familiale”, promet-il en passant devant un terrain rempli d’enfants et où retentit une mélodie mexicaine.

Il n’aurait jamais imaginé ce qui allait lui arriver, il y a près de 10 ans. Alors qu’il est encore étudiant en management du sport et stagiaire chez Nike à Paris, cet ancien footballeur professionnel découvre le foot en salle lors d’un match entre collègues. Un concept qui le séduit. Il décide alors de rejeter l’offre d’emploi de Nike, et d’utiliser l’entrepôt industriel familial à Aix-en-Provence pour ouvrir les portes de Soccer Center en 2011.

L’affaire fonctionne bien. Mais Sebastien Abonnel garde en tête son rêve américain façonné par les séries télévisées et les grands athlètes comme Michael Jordan. “J’avais envie de tenter quelque chose”, avoue-t-il. L’aventure va alors débuter dans son centre du sud de la France. Les dimanches, il y accueille des familles d’expatriés (un lycée international se trouve à proximité) et sympathise avec un père venu de San Francisco. Les cafés et les discussions du dimanche matin deviennent une habitude dès 2014. Le père de famille – qui n’est autre que Gilles Mischler, l’un des premiers employés de Facebook – est séduit par son concept et son état d’esprit. “Il me disait qu’aux Etats-Unis, il n’y avait que des terrains multi-sports aux angles arrondis, pas de terrain de foot à la française. Il m’a proposé de m’aider à développer des centres d’Urban soccer sur la côte ouest américaine en investissant, mais je ne l’ai pas de suite pris au sérieux”, raconte le sudiste, qui a multiplié les conversations sur le sujet.

Il se décide alors à partir en Californie en 2016, au prétexte d’un voyage avec sa femme, et revoit Gilles Mischler, rentré à San Francisco après sa parenthèse française. “On a créé la boîte en ligne autour d’une bière”, s’amuse à dire le Français de 35 ans : “Gilles avait le budget, moi le savoir-faire”. Le plus difficile était à venir.

Un long chemin épineux

Prêt à faire le grand saut, il multiplie, à partir de 2017, les aller-retours entre Aix en Provence et la Californie, à la recherche de terrains à louer. Et les désillusions commencent avec la visite de terrains vagues à 150.000 dollars par mois à San Francisco, ou encore des défauts cachés d’un terrain dégoté à San Diego… Les déconvenues sont nombreuses, leur dossier ne rassurant pas les propriétaires frileux, ni les autorités locales : “ce n’est pas le sport numéro 1 aux US, même si le soccer se développe chez les enfants et dans la communauté latino.” Mais pas de quoi démoraliser celui qui se définit comme un “bulldozer”. Après une centaine de visites, il finit par trouver son bonheur : une parcelle de 12.000 m2 anciennement dédié aux ventes aux enchères de voitures. “On a convaincu le propriétaire avec notre projet sur le long terme.”

Alors débutent les travaux de terrassement, la création des terrains recouverts de pelouse synthétique, les éclairages. Puis, c’est au tour du Covid-19 de malmener son projet. “On devait ouvrir début mars, mais il a plu durant deux semaines. Puis, la pandémie nous a obligés à fermer nos portes.”

Une crise sanitaire qui les renforce aujourd’hui. “La mairie nous a permis de rouvrir pour les entraînements”, explique le Français. Comme les stades et les parcs sont fermés, nombre de clubs pour enfants ont besoin de lieux où les laisser s’exprimer. Et Lab Five semble les avoir convaincus. Accueillant nombre de familles et de groupes d’amis, Sebastien Abonnel garde en tête l’ambition des débuts, une activité diversifiée : accueillir des anniversaires, des académies (la Juventus de Turin a déjà signé), des événements d’entreprises, des soirées pour la communauté locale ou encore organiser des ligues de football pour les amateurs de compétition – très demandées sur le sol américain – une fois que les mesures sanitaires seront levées.

D’ores et déjà, après trois semaines d’activité, il se réjouit de voir les huit terrains (de 29 par 16 mètres) remplis à 65% entre 5 et 9pm et d’avoir pu embaucher 4 personnes. Mais il ne compte pas s’en satisfaire. Pour améliorer l’expérience, Sébastien Abonnel va installer un écran géant où seront retransmis les matchs, ainsi qu’une terrasse et un service de restauration. “On veut que les clients se sentent comme à la maison, qu’ils s’éternisent”, assure celui qui prévoit également d’installer une boutique.

Mais la plus grande innovation sera sur le terrain : “ils seront équipés de caméras pour un match 2.0.” Des traqueurs (installés sur les chevilles et le ballon connecté) permettront d’analyser le jeu, que ce soit la possession de la balle, la précision, le nombre de passes décisives… “Cela donnera la possibilité d’orienter le jeu sur la performance.”

Trois ouvertures prévues

Malgré les difficultés, Sebastien Abonnel sort plus renforcé que jamais de cette expérience entrepreneuriale. “Le monde du soccer est petit, les opportunités en tant qu’investisseur et opérateur viennent à moi aujourd’hui. Il y a quelque chose à faire de plus grand. “ Avec son associé, ils se concentrent pour l’heure sur le développement californien de Lab Five. Pour cela, ils bénéficient d’une enveloppe de 6 millions de dollars.

Quatre centres sont déjà dans les starting-blocks. Celui prévu à San José est “en phase de design”, et deux à Los Angeles (East et South Bay) sont sur le point d’être signés. Une deuxième levée de fonds de 3 millions de dollars avec un industriel français est prévue en fin d’année. “Le but sera de coloniser les Etats-Unis”, ironise Sébastien Abonnel. La concurrence ne l’effraie pas : il y a trop peu de centres comparé à la densité de population.

Il espère que le soccer en sortira renforcé. “Il y a des efforts à faire de la part des villes et des collectivités publiques. Nous voulons insérer cette discipline dans l’écosystème local, et notamment dans les after-schools”, plaide-t-il, vantant les valeurs du travail d’équipe, de la discipline et de la socialisation du football.

Infos pratiques

Lab Five

9740 Telfair Ave, Pacoima

Ouvert tous les jours de 9:30 am à minuit

Prix : 10 dollars par heure et par joueur

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