Aux Etats-Unis, la hausse de l’euro face au dollar fait des heureux et des inquiets

Si vous êtes payés en euros et que vous habitez aux Etats-Unis, vous êtes heureux en ce moment. Au 28 septembre, la monnaie unique valait 1,17 dollar, alors qu’elle était de 1,04 dollar en décembre 2016. Elle a même frôlé les 1,20 dollar en août, un niveau non atteint depuis 2014.

Ces variations de cours, qui s’expliquent en partie par des prévisions économiques moins bonnes que prévues côté américain, font nécessairement des gagnants et des perdants parmi les acteurs économiques français aux Etats-Unis, dont l’activité se trouve à cheval entre les deux pays.

Les biens importés de France sont en première ligne des secteurs qui pâtissent de la hausse de l’euro. “Les importations de produits européens sont devenues très chères. C’est un gros problème pour les Européens. Quand il y a des produits compétitifs qu’on paie 20% de plus, comme l’agro-alimentaire, les vins, le fromage, l’impact est non-négligeable, souligne Paul Bensabat, président du comité nord-américain des conseillers du commerce extérieur. Quand ça bouge de 5 voire 10%, c’est déjà beaucoup, là on parle de près de 20%. C’est la marge d’un importateur. Tant que la hausse est temporaire, ça ira. Si elle s’étend sur plusieurs mois, on commencera à voir des conséquences”.

Un sentiment partagé par Steven Millard, responsable des opérations à Murray Cheese, un fromager connu de New York qui vend de nombreux produits importés. “Nous consultons les cours tous les jours, pour se tenir informé et aussi pour réfléchir aux changements qu’on pourrait apporter. Je pense que tous les importateurs vont essayer de garder leurs prix pour le moment, à court terme, en essayant d’absorber la perte de marge, dit-il. Mais ça ne peut pas durer et j’imagine qu’il va falloir ajuster nos prix si le dollar reste faible”.

Marion Poiraud, représentante aux Etats-Unis de la marque Fromacoeur qui vend le concept d’apéro aux Américains grâce à ses petites bouchées au fromage frais, est plus inquiète. “Le problème, c’est qu’on ne peut pas revoir nos tarifs en fonction des taux de change, d’autant que nous sommes déjà obligés de répercuter la hausse de notre matière première. Donc nos clients américains doivent déjà acheter plus cher, avec une monnaie plus faible…. Pour le moment, c’est difficile d’estimer l’impact, mais si ça dure ça risque d’être compliqué“.

Pour les start-ups implantées aux Etats-Unis mais qui lèvent des fonds en euros, la progression de la monnaie unique est une bonne nouvelle, comme en témoigne Julien Delpech, co-fondateur d’Invivox, une plateforme internationale de formation de médecins. Après une levée de fonds d’un million et demi d’euros en mars 2016, les fondateurs sont en train de lever une somme d’argent encore plus importante. “Plus l’euro monte, plus c’est intéressant. À la même époque l’année dernière, si j’avais levé disons trois millions d’euros, c’était grosso modo trois millions de dollars. Aujourd’hui, 3 millions d’euros c’est quasiment 3,6 millions de dollars. La différence due à un euro fort nous permettrait par exemple d’embaucher une ou deux personnes en plus aux Etats-Unis, et donc d’accélérer le développement d’Invivox. Ça a un véritable impact“.

Dans son business quotidien aussi, Invivox va profiter de la hausse de l’euro. “Il y a un fort attrait à travers le monde pour les Etats-Unis. Et en ce moment, ces formations facturées en dollars coûtent moins cher aux Européens. C’est le cas aussi pour la chambre d’hotel qu’il faut payer en dollars“.

Le secteur touristique est un autre secteur exposé aux variations de monnaie. Mais, selon Alain Le Calvez, fondateur de ChicVillas, une société de location de résidences haut-de-gamme en France pour une clientèle internationale, il ne devrait pas être touché de manière uniforme. “La clientèle argentée est peu sensible à la variation des cours. Pour mettre 8 à 15.000 dollars la semaine dans une résidence, c’est que vous avez un peu d’argent de côté, souligne-t-il. En revanche, sur des produits de moyenne gamme, ça peut avoir une incidence. On tombe dans une catégorie de clients issus de la classe moyenne, qui a besoin de gérer son budget“.

Pour l’heure, l’attente prédomine donc. Les récentes élections en Allemagne, marquées par les bons scores de l’extrême droite, a entrainé une légère baisse de la monnaie unique. En taux de change comme dans la vie, difficile de dire de quoi demain sera fait.

Par Céline Bruneau et Alexis Buisson