Aux Etats-Unis, de plus en plus VC français veulent leur part du gâteau

« On veut cracker les US. » Jean-David Chamboredon, président du fonds d’investissement parisien Isai, vient d’ouvrir un bureau à New York, et veut y aller à fond. « Il y a pas mal de boites créées aux Etats-Unis qui ont un ADN français. Notre but, c’est de faire partie de leurs investisseurs. Tant qu’il n’y aura pas d’angle français, on n’investira pas, car c’est là dessus qu’on va baser notre légitimité », raconte-t-il.

Isai n’est pas le seul fonds à vouloir traverser l’Atlantique. A la French Touch Conférence de New York, on pouvait rencontrer des tas d’investisseurs français intéressés par ces start-ups franco-américaines, ou qui souhaitent, avec une implantation américaine, mieux aider des start-ups françaises à s’implanter ici.

Nicolas Celier, l’un des VC de Alven Capital, à Paris, va monter prochainement son propre fonds dans cette optique. Jean-Pierre Chessé, un business angel français, a emménagé il y a neuf mois à New York, et est en train de monter sa structure. Marie Ekeland, VC française du fonds Daphni, songe sérieusement à s’implanter à New York.

Jean-David Chamboredon
Jean-David Chamboredon

Pourquoi veulent-ils tous venir aux Etats-Unis maintenant ? Pour ces VC, c’est le sens de l’histoire. « Il faut savoir que 70% de l’argent du capital-risque est ici, de même que les places boursières les plus intéressantes, ainsi que tous les acquéreurs stratégiques », répond Marie Ekeland.

« Il y a deux ans, quand ont voyait des start-ups, ont leur disait de commencer leur internationalisation par le marché européen, l’Allemagne, l’Angleterre  Maintenant, on leur dit d’aller directement aux US, car les habitudes de consommation de la tech sont énormes », affirme Nicolas Celier.

Bref, pour eux, la question semble claire : une start-up francaise qui veut réussir doit faire le saut vers les Etats-Unis. « C’est là que les standards se font, que les nouvelles technologies sont adoptées et validées. Et il y a eu de vrais succès ces dernières années, comme Criteo, ou Neolane, racheté par Adobe », pointe Jean-David Chamboredon.

Mais attention à la casse. « Pour les start-up B to C, c’est beaucoup plus difficile de réussir une implantation aux US. Imposer une marque, cela coûte bien plus cher qu’en France. Et il y a de vrais gaps culturels. La consommatrice du Minessota ne se comporte pas pareil que l’Européenne. En revanche, dans les boites, les pratiques s’uniformisent », estime-t-il.

Nicolas Celier
Nicolas Celier

Dans tous les cas, pour les entrepreneurs français basés aux Etats-Unis, l’arrivée de ce type d’investisseurs avec un pied de chaque côté de l’Atlantique est une bonne nouvelle. Aymeric Vigneras, fondateur, à Boston, de la start-up de partages de photos Sharalike, y voit la possibilité de combler l’écart entre ses investisseurs parisiens et américains, et atténuer les différences entre des Américains très preneurs de risques, et des Français plus prudents.  « Il y a un certain choc culturel. Par exemple, à ce stade, nos investisseurs américains se fichent complètement de la monétisation ou du business plan, alors qu’en France, c’est une question importante. Des investisseurs français basés aux Etats-Unis permettraient de faire le lien entre les deux cultures », souligne-t-il.

« Surtout, cela nous permettrait de nous ouvrir les portes d’autres VC américains. Les VC sont très liés et se recommandent entre eux, et j’imagine qu’un VC français basé à New York serait un très bon relais pour rencontrer des fonds américains », renchérit son associé Etienne Leroy.

En revanche, même avec un bureau à New York, ces VC français ne souhaitent pas investir dans des start-ups purement américaines. En tout cas pour le moment. « Pourquoi s’intéresseraient-elles à un fond français ? De l’argent, il y en a beaucoup ici, alors nous n’aurions que des seconds choix », balaie d’un revers Marie Ekeland.

Toutefois, le but de ces investisseurs n’est pas de rester entre Français à la table du conseil d’administration, mais bien d’amener à leurs côtés d’autres fonds américains. Un défi – surtout si la société a été créée en France, avec une structure administrative ou fiscale qui peut rebuter certains. D’ailleurs, beaucoup de ces investisseurs américains demandent de domicilier la société aux Etats-Unis, et à au moins d’un des fondateurs de venir sur place.

Autant de points qui font remonter des différences culturelles, et peuvent créer des « frictions », reconnait Jean-David Chamboredon. « Mais les boites françaises ont beaucoup à offrir aux investisseurs américains. Elles ont des valorisations bien moins élevées et dépensent beaucoup moins d’argent que les start-ups américaines pour le même résultat, donc leur croissance coûte moins cher. » La voilà, la french touch.