“Au Nom d’Anton”, des enchères pour une bonne cause

Le lieu est prestigieux : Christie’s, Rockefeller Plaza, à New York. La maîtresse de cérémonie, célèbre : Christiane Amanpour,  star d’ABC News et présentatrice de l’émission éponyme sur CNN International. Et la vente, rare : des dizaines de tirages numérotés et signés des plus grands noms de la photographie contemporaine. “C’est unique. Habituellement, les enchères portent sur des photographies anciennes ou vintage”, explique le photographe franco-britannique David Brabyn, co-organisateur de l’évènement.

Mais plus exceptionnel encore : le bénévolat de tous ces participants, des “friends of Anton”. Car à l’origine de cette glittering night, une histoire simple, quasi ordinaire : la mort par balle d’un reporter de guerre. Anton Hammerl était un photojournaliste sud-africain de 41 ans. Le 5 avril 2011, alors qu’il couvre en Libye, avec trois autres journalistes, le conflit opposant les pro-Kadhafi aux rebelles, il s’approche près, trop près, de la ligne de front. Les troupes du dictateur libyen tirent sur le groupe, Anton Hammerl est tué, ses confrères capturés et retenus en otage durant 44 jours. “ Les Libyens ont fait croire à la famille d’Anton que ce dernier était vivant. Or nous, les otages, nous savions qu’il était mort. Nous l’avions vu mourir sous nos yeux”, raconte le l’Américain James Foley, l’un des trois ex-otages. “Nous n’avons eu droit qu’à un seul coup de téléphone et nous n’avons rien dit. Nous pensions que c’était le mieux pour notre propre sécurité”.

La culpabilité ne quittera jamais James Foley et ses deux co-détenus, l’Américaine Clare Gillis et l’Espagnol Manu Brabo. Culpabilité d’avoir menti par omission. “Ensemble, on a voulu faire quelque chose pour Penny, la femme d’Anton, et leurs trois enfants”, âgés de 1 à 11 ans. Penny Hammerl recherche toujours le corps de son mari quelque part dans le désert libyen, personne ne le lui a rendu.

Les anciens otages et David Brabyn ont constitué une association, “Friends of Anton”, et lancé un appel à la générosité de la profession. De grands noms y ont répondu : Platon, mondialement connu pour ses portraits de chefs d’État (il a même photographié Mouhammar Kadhafi), a offert un portrait noir et blanc de Michelle Obama; Sebastião SalgadoAlec Soth, David Burnet, Bruno Stevens, ou encore Giles Duley (photo) photographe qui a perdu trois membres en Afghanistan. Des Français également : Gilles Peress, Franck Fournier et Mani, le photographe qui a revélé au monde entier les massacres syriens de Homs. “Je suis très heureux et honoré de participer à ces enchères. C’est important que la profession soit solidaire. On prend tellement de risques quand on est freelance! On est seul sur place, mais on sait qu’on doit être là pour informer de ce qui se passe.” Avant de repartir à Homs, Mani a offert la photographie d’une fillette syrienne dans une manifestation. “Elle était sur les épaules de son père. Elle savait très bien pourquoi elle était là, dans le défilé. Elle chantait avec les autres avec une telle ferveur, portait tant d’espoir de liberté!

Pas question de proposer des photos dures de guerre”, précise David Brabyn. “Ce n’est pas le lieu, ce serait déplacé”. Pas de voyeurisme donc, mais des témoignages d’une exceptionnelle qualité sur notre monde contemporain. Les enchères commenceront à 500 dollars, et devraient grimper très vite pour les tirages des plus grandes signatures. L’ensemble des fonds iront à la famille d’Anton Hammerl. A terme, David Brabyn et les Amis d’Anton souhaitent créer une structure permanente et annualiser ce genre d’évènement. “Car il y a de vrais besoins”, déplore le photographe. “Des Anton, il y en aura d’autres…

Infos pratiques :

Enchères chez Christie’s, 20 Rockefeller Plaza, New York : 15 mai 2012 à 18h30. Entrée : suggestion de don minimal de $75.

Photo: © Giles Duley, et la légende: First Day of School, Angola – 2008