Après le milliard, la nouvelle vie rock de l’entrepreneur Christophe Lavigne

Christophe Lavigne

En juillet, Christophe Lavigne a vendu LDR, la société qu’il a fondée en 2000 avec deux associés, à Zimmer Biomet, leader mondial de l’orthopédie, pour un montant de 1,1 milliard de dollars.

La société, installée entre Troyes et Austin, a développé des solutions révolutionnaires dans le domaine de la chirurgie de la colonne vertébrale. Pas super rock’n’roll tout ça a priori. Et pourtant, le même homme est le leader et le compositeur d’Arrows to Fire, groupe de rock d’Austin, dont le premier album sortira le 3 mars. Un concert est prévu au 3Ten pour l’occasion.

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Simple lubie d’homme d’affaires qui ne sait pas quoi faire de son temps maintenant qu’il a réussi ? Pas vraiment. « La musique a toujours fait partie de ma vie. Ça fait partie de mon équilibre. »

Autodidacte, Christophe Lavigne joue de la guitare et compose de la musique depuis qu’il a 15 ans. À Troyes, il fait partie d’un groupe avec lequel il enregistre trois albums et participe à plusieurs tournées. « Si vous demandez à ma femme, elle vous dira que c’est ce que j’ai toujours voulu faire. » Pendant près de quinze ans, il essaye de ménager sa passion et ses envies de succès avec la réalité d’un père de deux enfants.  « A l’origine, je voulais un boulot qui me laisserait le temps de faire de la musique à côté. Et puis j’ai créé cette société… »

L’entrepreneuriat le pousse à mettre sa passion de côté « J’ai toujours voulu exercer une activité qui serve à quelque chose. » Avec ses associés, ils ont en effet monté LDR pour donner vie à leurs idées en matière de prothèses de disques cervicales destinées à restaurer de la mobilité physiologique entre les vertèbres. Le marché pèse 10 milliards de dollars selon l’entreprise.

En 2006, alors que LDR continue de croître à Troyes, la stratégie de développement passe par une implantation aux Etats-Unis, plus gros marché en la matière. « Le fonds d’investissement privé Austin Venture, alors notre plus gros investisseur, était présent à Austin et ils m’ont proposé de venir. Quand je suis arrivé à l’aéroport et que j’ai vu toutes ces guitares, je me suis dit que c’était un endroit pour moi »

Austin ravive son intérêt pour la musique. « Au début je n’en parlais pas trop car en France ce n’était pas forcément très bien vu. » Mais par hasard, il se retrouve à jouer avec le groupe de la soirée, au Congrès National de chirurgie du Rachis qui se déroule à Austin en 2006.

Cet inconditionnel de Gibson, qui garde un ampli et une guitare dans son bureau, en vient alors à taper le bœuf lors de rendez-vous avec des chirurgiens. Et il se remet à composer. « Etre à Austin où la musique est partout, ça me démangeait. »

Il y a deux ans, il fait la rencontre John Joyo, COO dans la société médicale d’un de ses amis, qui vient lui presenter des produits et dont il ne peut s’empêcher de remarquer le timbre de voix. Les deux sympathisent (ils ont un peu la même histoire d’artistes frustrés) et commencent à jouer et à écrire des chansons ensemble puis décident de les enregistrer.

« Je fais de la musique d’abord pour le plaisir. C’était la même chose pour la société. On ne l’a pas fait pour l’argent. On l’a fait car on pensait que nos idées pouvaient amener quelque chose de bien. » Le disque a été enregistré en une dizaine de jours aux légendaires Arlyn Studios à Austin, où sont passés, entre autres, Willie Nelson, Ray Charles et Neil Young, et coproduit par le réputé Jacob Sciba. Comptez aussi sur lui pour garder la même détermination. Car selon Bernie Bonvoisin, qu’il aime citer, «  le soleil ne brille jamais sous le cul du chien assis.»