Après l’appel de Macron, les scientifiques américains reconnaissants mais pas convaincus

La France ne tournera pas le dos aux Américains, la France n’abandonnera pas le combat!“, déclarait Emmanuel Macron après la décision de Donald Trump de sortir les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Avant de poursuivre à l’adresse des scientifiques américains: “vous trouverez dans la France une seconde patrie“. Un appel à l’asile scientifique qui n’est pas nouveau pour le locataire de l’Elysée. En février, le candidat d’En Marche avait déjà invité les chercheurs et universitaires américains à venir s’installer dans l’Hexagone.

La France est-elle la nouvelle Terre promise de la science? L’appel du 1er juin dernier a en tout cas eu un certain retentissement aux Etats-Unis. Sur twitter, de nombreux chercheurs comme ce météorologiste de l’Arizona ont réagi et ont eu l’air d’apprécier l’offre française.

Si ces réponses font sourire, l’inquiétude est réelle aux Etats-Unis où, dès le lendemain de l’investiture de Donald Trump, le site de la Maison-Blanche supprimait toute référence au changement climatique et au réchauffement de la planète. A la place, une nouvelle politique énergétique était annoncée, privilégiant les énergies fossiles (pétrole, gaz naturel et charbon). Depuis, les choses n’ont cessé de se détériorer, notamment à l’EPA (l’Agence de Protection de l’Environnement) dont le patron, Scott Pruitt, nommé par Donald Trump, est un climato-sceptique reconnu. CNN signalait en mai dernier que le recrutement était stoppé à l’Agence, que des coupes budgétaires étaient prévues et que les chercheurs étaient priés de ne plus publier leurs travaux.

Pour autant, les scientifiques américains n’ont pas encore réservé le premier vol pour Paris. “Pour la plupart d’entre nous, partir pour la France est plus facile à dire qu’à faire“, explique à ScienceMag Michael Halpern, directeur adjoint du Centre pour la Science et la Démocratie à Washington. “Ce n’est pas comme si on pouvait du jour au lendemain embarquer un satellite de la NASA et l’installer en France comme ça!“.

Peter Frumhoff est chercheur, spécialisé dans le changement climatique et il a applaudi l’appel d’Emmanuel Macron: “Je le remercie pour son message dans ces temps difficiles pour la communauté scientifique aux Etats-Unis. Nous apprécions beaucoup toute démonstration de soutien, explique celui qui a enseigné à Harvard et à Stanford. Je pense vraiment que certains Américains seraient intéressés par un exil en France pour travailler dans ses prestigieuses institutions si vraiment un jour on ne pouvait plus le faire dans notre pays“.

Mais pour le chercheur, l’important pour le moment est de résister de l’intérieur: “Il me semble capital, d’autant plus en ces temps sombres, que les scientifiques américains restent ici et continuent à travailler et à informer nos citoyens sur les effets du changement climatique. C’est notre devoir!“. Peter Frumhoff, démoralisé par la politique de Donald Trump fait confiance au Congrès pour refuser les coupes budgétaires géantes proposées par le président américain. “Notre communauté est attaquée mais nous sommes aussi aimés et populaires et j’ose espérer que le Congrès refusera d’appliquer cette politique“.

Ces dernières années, les Etats-Unis étaient devenus le pays attirant le plus de cerveaux étrangers, dont des scientifiques français, venus chercher des infrastructures et des moyens de recherche. Ceux que nous avons interrogés n’ont pas pris au sérieux l’appel de leur nouveau président. “Il va les payer avec quoi les Américains? Et comment va-t-il financer leurs recherches?“, s’amuse Cécile Berne, chercheuse en microbiologie à l’université de l’Indiana. “Qu’il augmente le budget de la recherche, qu’il crée des postes et après on verra!”, ajoute la jeune femme qui a quitté la France il y a douze ans pour acquérir une expérience étrangère, mais qui n’a jamais pu retrouver un emploi en France, où les postes sont rares dans la recherche publique. Guillaume Charrière a lui eu cette chance. Après avoir passé 4 ans à Harvard, il est aujourd’hui chercheur en biologie moléculaire à l’université de Montpellier et pour lui “s’il est vrai que le système académique français est relativement différent et difficile à intégrer pour un Américain, les séjours de deux à trois ans en France sont tout à fait réalistes“.

Autre Français très impliqué, Jean-Noël Poirier, qui travaille depuis 17 ans aux Etats-Unis dans le domaine de la technologie du climat chez Inventec Performance Chemicals. Même s’il regrette le retrait américain de l’accord conclu à Paris, il veut y voir un point positif: “Je pense que la bêtise et la tyrannie ont pour effet de rassembler. Je pense que dans le monde de l’environnement les gens sont prêts à se battre et à résister“. Pour ce professionnel des technologies propres, investisseur auprès de start-ups vertes avec Planet-A, Donald Trump contribue peut être malgré lui à dynamiser le secteur. “Il y a des Etats, des villes, des entreprises en résistance aujourd’hui et personne ne les empêchera d’avancer. Ça va peut être même devenir une force, une bonne publicité d’apparaître en pionner“, explique-t-il. “Je ne pense pas que l’appel d’Emmanuel Macron se traduira par une arrivée en masse de chercheurs américains en France, mais on peut imaginer une autre sorte de partenariat, dans laquelle la technologie américaine pourrait trouver des investisseurs en France ou en Europe. On peut créer des ponts entre nos pays“.