Après Harvey, les Français de Houston se serrent les coudes

Chez Fanette Chalopin, mercredi matin, plusieurs Français se sont mobilisés / credit: Laura Matesco

Dans le quartier de Memorial, zone résidentielle de l’ouest de la ville, meubles, appareils électroménagers, portes et cloisons s’entassent sur les trottoirs. Ici, ce ne sont pas directement les pluies torrentielles qui ont causé les inondations, mais l’ouverture des vannes des deux bassins de retenue, Addicks et Barker, décidée par les autorités. Construits dans les années 1930 pour protéger la ville des inondations, ils menaçaient de céder.

L’eau est montée très vite dans ce quartier résidentiel, où vit une grande partie de la communauté française installée à Houston. “Dimanche soir, la pluie a cessé. J’ai pensé qu’enfin notre calvaire prenait fin, explique Jane Buckner, une Française à Houston depuis six ans. Les autorités ont alors annoncé que les barrages étaient sur le point de craquer et qu’ils allaient être obligés de déverser le trop-plein dans la rivière Buffalo Bayou, qui traverse la ville. Les eaux se sont déversées dans le Bayou, déjà saturé, puis dans notre quartier, qui n’avait auparavant jamais été inondé.

Les enfants de Jane Buckner ont été forcés d’évacuer deux fois : “la première fois quand l’eau est entrée dans la maison de leur père, située proche du Bayou, puis une seconde fois quand notre rue s’est transformée en rivière !, regrette-t-elle. Je n’ai pas attendu, j’ai surélevé tous mes meubles et nous sommes partis dormir chez des amis dans une zone épargnée.

Par chance, la partie sud du quartier, située plus loin du Bayou, a été préservée des flots. Et, depuis que le niveau de l’eau a baissé, ceux restés au sec aident au nettoyage des maisons inondées. Ici on dévisse, là on arrache : les voisins venus aider s’improvisent démolisseurs. Chez Fanette Chalopin, mercredi matin, la communauté française s’est mobilisée. Douze mamans de l’école de ses enfants se sont données rendez-vous via les réseaux sociaux pour l’aider à empaqueter ce qui a pu être sauvé des eaux. “Il y a un immense élan de solidarité, s’exclame Julie Audren-Etur en remplissant un dernier carton. La gentillesse, l’entraide, c’est vraiment ce qui caractérise les Houstoniens : Harvey en est la preuve.

Les défis demeurent importants : en plus des maisons inondées il faut réparer les infrastructures, le système de gestion de l’eau, financer la dépollution…

Le maire de Houston, Sylvester Turner, a fait savoir lundi qu’il demandera au conseil municipal d’augmenter l’impôt foncier des propriétaires de 8,9 % afin de récolter 113 millions de dollars destinés à financer les opérations de nettoyage et de reconstruction à venir. La hausse proposée sera soumise à un vote le mois prochain.

Dans le quartier de Memorial
Dans le quartier de Memorial

Pour les particuliers, l’addition sera d’autant plus salée que dans les zones inondées qui n’étaient pas classées dans la catégorie “une chance sur 500 de subir une inondation par an”, les habitants n’étaient pas obligés de prendre des assurances inondations. Seules 40 % des pertes liées à Harvey devraient être remboursées, en grande partie par l’Etat fédéral.

Or une grande partie de la communauté française, détentrice de visas de travail temporaires, ne pourra pas bénéficier des aides fédérales, réservées aux détenteurs de la carte verte ou de la nationalité américaine. Pour les propriétaires sans assurance inondation ni résidence permanente sur le sol américain, difficile de faire face aux factures qui s’accumulent. Certaines banques accordent une suspension des prêts immobiliers, mais pour beaucoup il faudra contracter un nouvel emprunt pour assainir et remettre en état leur maison inondée. Et financer un logement temporaire, car il faut compter près de 6 mois pour combattre la moisissure et pouvoir refermer les murs. Sans certificat émis par un inspecteur garantissant qu’il n’y a plus de moisissure, la maison ne pourra pas être remise sur le marché. Pour les accompagner et les guider dans les nombreuses démarches qui les attendent, le consulat de France à Houston a mis en place une permanence téléphonique bi-hebdomadaire.

Petit à petit, la vie reprend son cours à Houston. Les écoliers ont repris le chemin des classes avec deux semaines de retard. Et grâce aux nombreux feux de circulation qui ne fonctionnent toujours pas, créant des embouteillages monstres, ils sont même dispensés de devoirs. Cela fait au moins bonne nouvelle.