Anne-Claire Legendre: “New York est une deuxième maison pour moi”

Anne-Claire Legendre prend petit à petit ses marques dans son grand bureau dans les étages du consulat de France. La nouvelle consule, première femme de l’histoire à occuper ce poste à New York, multiplie les rendez-vous avec les personnalités de la communauté et prépare une rentrée marquée traditionnellement par la venue du président et de ministres pour l’ouverture de l’Assemblée générale de l’ONU.

Mais il lui manque tout de même une chose: un vélo. “Je me suis déjà abonnée à Citi Bike, mais je cherche à m’acheter un vélo, glisse cette passionnée. J’adore en faire à New York. On a souvent dit que j’étais une tête brûlée pour ça. Aller à un cours de yoga en vélo, c’est super!

La Brestoise a une autre passion: le Moyen-Orient. Un intérêt né en 2000 lors d’un séjour d’études en Egypte. “Je me suis confrontée à une nouvelle culture, aux préjugés, et j’ai découvert un environnement professionnel que je ne connaissais pas, l’Ambassade de France, les expatriés, se souvient cette diplômée de l’Inalco, de la Sorbonne Nouvelle et de Sciences po. Je ne connaissais pas du tout la diplomatie. Je suis revenu du Caire en voulant en faire un metier.

En 2005, elle part occuper un poste d’attachée de presse à l’Ambassade de France au Yemen. Après un bref passage par la direction des Français de l’étranger au Quai d’Orsay, elle rejoint la Direction d’Afrique du Nord et du Moyen Orient en 2008. Son arrivée dans la cour des grands intervient en 2010, quand elle rejoint la mission permanente pour la France à l’ONU comme conseillère Syrie, Israël-Liban, Liban, Irak. Elle participe à la négociation de dossiers brulants au Conseil de sécurité, sur fond de Printemps arabe.

Trois ans plus tard, elle quitte cette première affectation new-yorkaise pour rejoindre le cabinet de Laurent Fabius, toujours comme conseillère sur le Proche-Orient. “C’est important d’être aussi proche de la prise de décision. On comprend mieux de l’intérieur comment fonctionne l’appareil d’Etat. Et puis on assiste au fonctionnement personnel d’un individu (Laurent Fabius). De voir l’énergie, la détermination, la mobilisation de chaque instant, c’est une leçon de vie. On parle des diplomates comme des gens qui parlent. La leçon principale apprise de Laurent Fabius, c’est d’être dans une diplomatie de l’action, notamment sur le plan économique” .

Qualifiée de brillante” par le Nouvel Obs, la nouvelle consule de 37 ans fait partie de plusieurs membres de l’entourage de Laurent Fabius à avoir été “recasés” avant sa nomination au Conseil constitutionnel. Mais, elle reconnait à demi-mots que décrocher du dossier syrien en particulier, qui a pesé sur elle “professionnellement et affectivement” ces six dernières années, est difficile. “Le bilan humain est atroce. Quand vous avez des gens dans votre bureau qui vous parlent des tortures, des victimes à Alep, des massacres chimiques, cela vous marque”, explique-t-elle. 

Tout en gardant un oeil sur l’évolution de la situation en Syrie – “c’est difficile de quitter les négociations au milieu” – elle enfile ses nouveaux habits de consule avec “bonheur” . Elle retrouve New York, “une deuxième maison” , et “on se dit qu’on va enfin pouvoir faire des choses productives. Avec la crise syrienne, on se levait chaque matin et on se prenait des murs. A New York, on a le sentiment qu’on peut agir, animer une communauté et créer des choses concrètes pour l’amitié franco-américaine” , raconte-t-elle.

Comment vit-elle le fait d’être la première femme à occuper ce poste ? “C’est normal car il y a une vraie politique de parité mise en place par le ministère, j’en suis l’exemple. Le ministère fait entrer dans ses concours 50% de jeunes femmes et le nombre d’ambassadrices s’est accru depuis 2012. C’est aussi l’exemple d’une société qui bouge. La France est une société en mouvement, diverse” .

Plusieurs dossiers attendent Anne-Claire Legendre désormais: la diplomatie économique portée par Laurent Fabius puis Jean-Marc Ayrault, mais aussi l’organisation logistique des élections présidentielle et législative en 2017 (on rappelle qu’il est possible de s’inscrire au registre en ligne) et la sécurité de la communauté, un point qui a pris une nouvelle importance depuis les attentats de 2015. “Mon objectif sera de mettre l’accent sur l’innovation. On a une communauté française jeune, diplômée, dynamique. On doit travailler à renforcer la place des start-up. L’attractivité politique, économique, culturelle sera le maître mot. 

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