Derrière AngelPad, un couple qui chouchoute ses start-ups

L’appel à candidatures sera lancé cette semaine. Et comme les années précédentes, Carine Magescas s’apprête à recevoir une avalanche de dossiers pour intégrer AngelPad, l’accélérateur de start-ups qu’elle pilote à New York, en tandem avec son mari allemand Thomas Korte.

“Pour chaque session, on reçoit près de 2.000 candidatures”, affirme cette quadra Française, expatriée aux Etats-Unis depuis près de 20 ans.

En apparence, AngelPad ressemble à un accélérateur classique. La structure, lancée en 2010, accueille deux fois par an une douzaine de jeunes start-ups. Elles sont hébergées et coachées pendant trois mois par Carine Magescas et Thomas Korte, dans un joli espace très new-yorkais proche d’Union Square, avec baby-foot, fauteuils-boules, étoiles lumineuses et une grande table en bois brut.

Le deal ? AngelPad investit environ 60.000 dollars dans chaque entreprise en échange de 7% du capital. A la fin, une journée “demo-day” à San Francisco est organisée, devant des investisseurs prêts à dégainer leurs carnets de chèques.

Alors que ces structures se multiplient depuis quelques années aux Etats-Unis, AngelPad assume sa réputation de “anti-Y Combinator” (la référence en matière d’accélérateurs, avec TechStars). “Nous n’avons pas, comme chez Y Combinator, des promo de 80 start-ups. On reste petit, et on sélectionne extrêmement bien nos candidats. Au début de la session je leur dis : vous êtes une vraie famille. Et à chaque fois, ça a été le cas. Avec Thomas, on est très présents auprès des entrepeneurs, on les voit tous les jours. Nos boites, on en prend soin, on les considère comme si c’étaient les nôtres”, raconte Carine Magescas, qui travaille dans le monde de la “tech” depuis 25 ans et a monté deux entreprises dans le domaine du design et du e-commerce. Avant AngelPad, elle et son mari étaient déjà business angels.

Carine Magescas 2

Carine Magescas et Thomas Korte, parents d’un garçon de 10 ans, se sont rencontrés à la fin des années 90 lorsqu’ils travaillaient tous les deux chez Moreover, start-up créée par le fondateur de Gawker. “On avait le même poste tous les deux. Un jour, j’ai dit à Thomas : tu devrais aller travailler chez Google. En 2001, c’était encore une petite entreprise. J’ai un peu regretté de ne pas avoir pris ce conseil pour moi !”, dit en riant Carine Magescas.

Google, ce fût un choix décisif pour Thomas Korte. Et AngelPad est très marqué par ses liens avec la firme de Mountain View, où Thomas Korte a passé sept ans à des postes importants. Parmi les investisseurs d’AngelPad figurent six autres ex-Googlers, devenus business angels. De quoi permettre à AngelPad de se créer un solide réseau dans la Silicon Valley, et ramener les bonnes personnes aux “demo-days”.

Ces atouts, combinés à un certain flair pour sélectionner les start-ups, a permis à AngelPad d’engranger de vrais succès. Postmates, l’une de ses premières entreprises d’AngelPad spécialisée dans la livraison à la demande, a levé plus de 130 millions de dollars depuis sa création en 2012. La start-up MoPub, qui faisait partie des premières jeunes pousses d’AngelPad, a été rachetée par Twitter.

Parmi les dernières promo, toutes ont levé des fonds à la sortie. “Six de nos sociétés sont évaluées à plus de 100 millions de dollars”, ajoute Carine Magescas. Et AngelPad est régulièrement cité comme l’un des meilleurs accélérateurs du pays.

AngelPad 3

“J’adore être en contact avec les fondateurs de start-ups… Je crois que cela aide à rester jeune. D’ailleurs, on me dit souvent que je ne fais pas mes 48 ans !”, lance Carine Magescas, qui puise aussi son énergie dans une autre de ses passions, la photo. L’année dernière, elle a exposé dans des galeries à New York, Nantucket, Greenwich et Londres. En mai, certaines de ses photographies seront montrées à San Francisco.

Un univers à mille lieux du travail de titan qui l’attend en cette fin janvier : sélectionner les start-ups pour le programme de printemps. “On a des dossiers qui viennent de partout dans le monde. Et oui, on a pris parfois quelques Français. Mais je suis assez vigilante avec les dossiers qui viennent de France. J’arrive bien à les cerner, et ils ne peuvent pas bluffer !”