L’ambassadeur de France à l’ONU privé d’appartement

L’ambassadeur de France à l’ONU est à la rue… ou presque. Le gouvernement français s’apprêtait à acheter un appartement dans une résidence à deux pas de l’ONU. Seulement voilà, l’immeuble est un “co-op”, qui exige l’accord de l’assemblée des co-propriétaires. Ceux-ci se sont révoltés et la vente est tombée à l’eau.

Le plan était pourtant parfait, un modèle pour les finances publiques: après avoir réussi à vendre l’ancienne résidence du 740 Park Avenue pour 70 millions de dollars en réalisant au passage une énorme plus-value, le gouvernement avait trouvé ce très bel appartement de River House, une tour Art Déco au bord de l’East River, sur la 52ème rue, pour à peine plus de 10 % du prix de la vente (7,8 millions de dollars). L’ambassadeur récupérait tout de même quelque 500 mètres carrés et de très beaux espaces de réception.

Seulement voilà, une voisine ne l’entendait pas de cette oreille. Elizabeth R. Kabler vit à l’étage de l’appartement convoité par la France (le 4ème) et cette fille de diplomates (Leonore Annenberg, sa mère, fut la chef du protocole de Ronald Reagan) n’aime apparemment pas les réceptions. Dans une lettre aux co-propriétaires révélée par le Wall Street Journal, elle s’insurgeait des “nombreux gardes du corps et des réceptions bruyantes” qui menaçaient forcément. Elle mettait également en garde contre “l’immunité diplomatique” et donc l’impossibilité de poursuivre ce nouveau voisin en cas de besoin…

Son activisme a convaincu l’assemblée des co-propriétaires, qui a décidé, en juin dernier, d’accepter la vente mais en l’assortissant de conditions très strictes. La limitation du nombre de gardes-du-corps n’était pas un problème, l’ambassadeur français n’en disposant pas. La question de l’immunité a également été écartée rapidement, les dégâts des eaux et autres nuisances de voisinage n’étant nullemment couverts par l’immunité.

En revanche, un obstacle insurmontable est resté: les co-propriétaires demandaient que le nombre de réceptions soit limité. “C’était évidemment impossible, puisque la raison d’être d’une résidence d’ambassadeur est justement d’organiser des réceptions!” confie une source proche du dossier.

Le gouvernement français a donc renoncé à l’achat et doit maintenant trouver un nouvel appartement. L’actuel ambassadeur, Gérard Araud, en partance pour Washington, a déjà libéré le 740 Park Avenue. François Delattre qui le remplacera, en provenance de Washington, devra donc probablement se trouver une appartement provisoire à son arrivée en septembre.