Vogue, l’ambassadeur Araud et l’homosexualité

Nommé en septembre dernier à Washington, le nouvel ambassadeur de France impressionne le très trendy Vogue, qui lui consacre un long portrait.

Dans un bel exercice de titre oxymore (ou d’hypocrisie au choix), le magazine de mode proclame “Ne l’appelez pas l’ambassadeur gay”, avant de détailler l’homosexualité assumée de Gérard Araud, et de citer son compagnon le photographe Pascal Blondeau. Si l’ambassadeur n’en a jamais fait mystère dans sa vie sociale, aucun des journaux français qui lui ont consacré des portraits n’avait donné cette information. Vogue le fait donc, lui donnant au passage l’occasion de manifester son soutien au “mariage pour tous”, même s’il affirme ne pas être intéressé personnellement par le mariage.

Mais l’article dresse avant tout l’éloge d’un “diplomate hors norme”. “Il est tellement visible et présent (de Gaza à la Coupe du Monde, à la Syrie) que le fait qu’il soit l’un des rares ambassadeurs gays à Washington -et le premier français- est passé au second plan” assure Stephanie Green, l’auteure du portrait. Son ancienne collègue à l’ONU (il y représentait la France avant d’être nommé à Washington), l’ambassadrice américaine Samantha Powers le décrit comme “charming”, mais aussi et surtout “un maître stratégiste, un Samuraï de la diplomatie et de la bureaucratie, et un des plus authentiques et authentiquement honnêtes diplomates”.

Comme d’autres avant lui, Vogue insiste aussi sur l’activité intense de Gérard Araud sur Twitter, où il n’hésite pas à s’engager dans des joutes verbales avec ses opposants. Un style qui a déjà assis sa réputation washingtonienne “d’anti politiquement correct”. Vogue étant Vogue, on revient vite à l’essentiel: Gérard Araud aime la mode et y a, assure-t-il, convertit les diplomates de la mission française à New York, les débarrassant de leur goût pour “les costumes trop grands”. Apparemment, le personnel de l’ambassade à Washington n’a pas encore reçu le message, mais l’Ambassadeur manifeste son intention de les convertir.

Mais il est un costume qu’il refuse d’endosser: celui de l’ambassadeur homosexuel de service. “Il ne veut pas être connu comme l’ambassadeur gay” conclut Vogue. C’est mal parti…