Alexis de Bretteville, chasseur de têtes américaines

Alexis de Bretteville, c’est un peu le personnage joué par Georges Clooney, dans Up In the Air. D’ailleurs c’est lui qui le dit. Comme lui, il passe beaucoup de temps dans les aéroports et les avions pour se rendre en Amérique du Sud ou dans les bureaux de Michael Page en Amérique du Nord. C’est un pro : une ceinture Hermès dont le « H » se détache pour ne pas sonner aux portiques, des chaussures sans lacets, des bagages consolidés. Il se réjouit de pouvoir désormais travailler à bord grâce à une connection wifi sur Delta et American Airlines. La comparaison avec Clooney s’arrête là. Contrairement à l’éternel célibataire, Alexis est marié et père de cinq enfants.

Quand il a pris les rênes de la division il y a cinq ans, l’Amérique représentait 4% du chiffre d’affaires du groupe, aujourd’hui c’est 12% (soit environ 300 millions de dollars) et il souhaite atteindre 25-30% d’ici trois ans. «Nous avons un immense potentiel de développement en Amérique”, souligne Alexis. “Aux Etats-Unis, on estime que seulement 30% des entreprises font appel à un cabinet de recrutement (en France, c’est à peu près pareil, en Angleterre, c’est 80%)”. Le boss compte passer de 500 employés à 1000 employés en Amérique du Nord en trois ans. Les grands groupes font appel à MPI pour recruter localement et la question du permis de travail est déterminante.

A croire que c’est le cordonnier (aux chaussures sans lacets) le plus mal chaussé : «Le challenge pour nous est de recruter des talents», explique-t-il.  «Nous avons du mal à motiver les Américains avec des perspectives d’évolution de carrière. Les Américains sont moins affectifs que les Européens. Ils ont une vision plus court terme. J’étais sidéré en arrivant de voir les CV des Américains; ils changent de jobs tous les six mois.»

Un autre défi a été de faire face au violent coup d’arrêt du recrutement pendant par la crise. La division a vu une baisse de ses activités de 50% entre 2008 et 2009. Le taux de chômage reste de 9.6% aux Etats-Unis. “On a vu une reprise du recrutement depuis septembre 2009, et qui s’est propagée depuis janvier dans le secteur Corporate.” Cette année, il anticipe une croissance de 40% en Amérique du Nord et 60% en Amérique du sud. «Les candidat sont à l’écoute aujourd’hui. Tout le monde a le nez à la fenêtre».

De Lagos à New York

Alexis de Bretteville a toujours eu les yeux rivés vers l’horizon. Enfance à Lagos au Nigéria où son père travaillait dans le transport maritime, pension en Angleterre (il a gardé l’accent British et une certaine allure de gentleman anglais), bac à Paris. Après une école de commerce européenne, il travaille dans la banque deux ans et rejoint le groupe Michael Page International. « Cela fait 15 ans que j’ai quitté la France et qu’on se balade avec ma famille dans pas mal de pays exotiques et moins exotiques ». Allemagne, Espagne, Hong Kong avant de poser ses valises et celles de sa famille à New York.

Il a désormais une nouvelle casquette, celle de conseiller du commerce extérieur. L’interculturel, il en connait un rayon. “Les Américains sont extraordinaires en entretien. A l’école, ils apprennent à parler en public. Mais quand on leur demande : “qu’est-ce que ce vous avez raté?” Ils ne savent pas citer un échec. Nous, Français, sommes très bons dans la remise en cause…”

Pas de photo ni de date de naissance sur un CV américain. Faire passer un entretien aux Etats-Unis relève parfois du numéro d’équilibriste. “Il y a beaucoup de questions que vous ne pouvez pas poser aux candidats. Certains entretiens de recrutement restent à la surface pour ne pas se faire attaquer en justice. C’est un peu la maladie de l’Amérique, toute la partie juridique ». Comment procède-t-il?  Pas de techniques comme la graphologie (dans certains Etats américains, elle interdite par la loi!) mais  à la place, “une vérification de références (background check), du crédit (credit check)…On rentre dans le détail du travail au quotidien”.

Des différences culturelles au niveau du management aussi :“Pour manager des Américains, il faut être dans le discours, la clarté, donner des objectifs précis. Ils vont aller à fond pour atteindre leurs objectifs.” Quant aux Français : “Je pense qu’ils réussissent très bien aux Etats-Unis. Il y a une façon de faire des Francais qui plait aux Américains, un angle d’approche unique, l’accent les amuse…A New York, c’est la personne qui compte.”

Contrairement au personnage de Georges Clooney, Alexis n’est pas un pro des “miles” ni des cartes de fidélité. D’ailleurs, il assure se méfier de “corporate America”. “Dans les aéroports, on voit ces managers, tous pareils, comme des robots. Le plus dur est de trouver les talents.”