Agnès Varda : “Je suis un objet culturel cinématographique”

Elle a enchaîné quelques pas de danse avec Angelina Jolie, été félicitée par Steven Spielberg, discuté de cinéma engagé avec Jessica Chastain qu’elle admire…

Samedi 11 novembre, la réalisatrice française Agnès Varda était la star de la cérémonie des Governors Awards. Et pour cause, elle a reçu un Oscar d’honneur récompensant l’ensemble de sa carrière. “J’étais dans un rêve. Les légendes du cinéma étaient là, mangeaient à nos cotés !”, raconte Agnès Varda, qui a trouvé ça “très bizarre” d’être au centre de cette soirée “très Hollywood”. “J’étais impressionnée que des jeunes et des femmes réalisateurs me disent que je les inspire; mais aussi que des hommes me disent ‘je connais votre travail'”, ajoute-t-elle, faisant rire l’assemblée conquise à la Résidence de France.

Tout le monde était là, ce dimanche : le directeur de Cannes (et ami de l’artiste) Thierry Fremaux, le président de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences John Bailey, le président de la Cinémathèque française Costa-Gravas, son compagnon dans “Faces, places” JR, mais aussi toute sa famille… “Être aussi entourée me fait me sentir vraiment bien”, lâche la réalisatrice de 89 ans, qui n’a eu de cesse de clamer son bonheur.

Comme l’a rappelé le Consul, Christophe Lemoine, “c’est la première fois qu’une femme réalisatrice reçoit cet honneur”. Et pour Agnès Varda, c’est d’autant plus important qu’elle considère “ne pas faire partie d’Hollywood”, n’avoir jamais été un “bankable“. “Pour cette industrie, je suis un objet culturel cinématographique”, lâche-t-elle. “Mon prix n’a rien à voir avec la compétition. Je fais des films qui font du sens, mais pas d’argent.”

Elle défend le fait d’avoir toujours été “à la marge”, l’importance d’enquêter pour réaliser ses documentaires. “Le cinéma existe pour que l’on s’en souvienne, marquer les esprits”, argue la réalisatrice qui regrette, avec humour, d’être au stade où elle ne reçoit que des prix d'”achievement”. “Un film ne doit pas illustrer mais avoir son propre langage.” Et Agnès Varda se sent d’autant plus touchée que les universités américaines étudient encore son documentaire “Daguerréotypes”.

Agnès Varda prend sa retraite

Même si elle n’a pas perdu sa curiosité, son engagement et sa volonté de s’exprimer, cette artiste est lasse des sorties en salles. “On doit faire la promotion, aller de villes en villes, organiser des projections. Ca me fatigue beaucoup”, admet-elle, en pleine tournée pour “Faces, Places”.“Je ne veux plus faire partie du système de la distribution des films et de la compétition dans les festivals.” Mais incapable de raccrocher, elle a décidé de se consacrer à des projets moins grands publics.

Outre la rétrospective et les éloges, la fête de dimanche fut l’occasion de rappeler l’histoire d’amour entre Agnès Varda et Los Angeles, cette dernière y ayant débarqué avec son mari, le défunt Jacques Demy, dans les années 60. Elle a d’ailleurs déclaré sa flamme à la cité des Anges dans le documentaire “Murs, murs”, sur les peintures murales de L.A.

La réalisatrice espère que le public se souviendra d’elle comme “une Française de petite taille”. Plus sérieusement, “j’aimerais qu’on se souvienne de moi comme quelqu’un de déterminé.”