À Woodstock, il y a toujours du hippie dans l’air

Woodstock / crédit: Christophe Perez

Voici bientôt 50 ans que Jimi Hendrix électrifiait une foule de jeunes hippies aux yeux cernés avec sa version psychédélique et apocalyptique de The Star Spangled Banner. On célèbre cette année le cinquantenaire du festival de Woodstock (même si les festivités de “Woodstock 50” connaissent des difficultés d’organisation). Du 15 au 19 août 1969, cet événement rassemblait 32 des plus grands noms de la musique rock et folk, dont The Band, Joan Baez, Joe Cocker, Creedence Clearwater Revival, Crosby Stills Nash & Young, The Grateful Dead, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Santana, The Who… Les organisateurs attendaient 200.000 festivaliers ; il en est venu 500.000.

Alors qu’on mesure aujourd’hui la portée historique de cet événement, son anniversaire est l’occasion de visiter la ville de Woodstock — où le festival de 1969 devait originellement être organisé —, et le site de Bethel, où il a finalement eu lieu. La voiture reste le meilleur moyen de circuler librement pour visiter la région. Woodstock, à environ 160 km au nord de New York City, est accessible en moins de deux heures par la Route 87, et Bethel est à deux heures de route de New York et une heure et demie de Woodstock. Il est aussi possible de se rendre à Woodstock en bus avec Trailways au départ de Port Authority, à partir de 60 $ aller-retour. Une autre société de bus, Coach USA Shortline offre des allers-retours dans la journée entre Port Authority et le Bethel Woods Center for the Arts pour 66 $, et affrétera des bus pour les concerts anniversaire du 16 et 17 août. Il n’y a en revanche pas de bus entre Woodstock et Bethel.

Woodstock, ville utopiste

Si le festival de 1969 devait à l’origine avoir lieu à Woodstock, NY, c’est parce que cette petite ville des Catskills, à 160 kilomètres au nord de New York City, est depuis le début du XXe siècle un centre d’activité artistique et de militantisme progressiste. En 1902, s’y installait la colonie d’artistes de Byrdcliffe, une communauté utopiste dont la vie était centrée sur les arts et l’artisanat. Suivaient de nombreux autres artistes, musiciens et esprits libres. Bob Dylan y vécut de 1965 à 1972, et plusieurs membres de The Band qui accompagnaient Dylan à cette époque sont restés des figures de la scène rock locale pendant cinq décennies.

Aujourd’hui, plusieurs boutiques sur les deux rues principales — Tinker Street et Mill Hill Road — perpétuent l’esprit de 1969 avec des t-shirts et autres fripes hippies. S’il vous faut un t-shirt tie-dye des Grateful Dead, c’est l’endroit où le trouver. Galeries d’art et magasins d’artisanat jalonnent aussi les rues de la ville. Les plus réputées sont les galeries de la Woodstock Byrdcliffe Guild, de la Woodstock Artists Association et The Center for Photography at Woodstock, galerie de photographie qui présente jusqu’au 2 septembre les photos du festival de 1969 par Elliott Landy. Les amateurs d’objets anciens trouveront leur bonheur dans le grand marché aux puces qui s’installe tous les week-ends de mi-mai à fin novembre sur Maple Lane. Il est également possible de visiter la Byrdcliffe Arts Colony, dont les magnifiques maisons rustiques nichées dans le bois, à la périphérie de la ville, accueillent des artistes, musiciens, comédiens et écrivains en résidence.

Pour les adeptes de la musique rock et folk, un détour s’impose par les Levon Helm Studios, une ferme reconvertie par Levon Helm — leader de The Band — en salle de concert et studio d’enregistrement. Les concerts organisés dans la grange de cette ferme sont très convoités mais les places y sont limitées ; mieux vaut donc réserver à l’avance. On peut aussi écouter de la musique live tous les vendredi et samedi soirs au Station Bar and Curio, une ancienne gare devenue un bar kitsch doté d’une grande terrasse couverte, et les jeudis et samedis à Woodstock Brewing, une brasserie artisanale située à Phoenicia, à 20 km de Woodstock.

Bethel Woods Center for the Arts, lieu historique

Après des négociations difficiles avec les autorités locales et des habitants inquiétés par l’idée d’une invasion hippie, les organisateurs du festival de Woodstock n’avaient toujours pas trouvé de site adéquat un mois avant l’événement de 1969. Ils ont été sauvés in extremis par Max Yasgur, éleveur de vaches, qui offrit d’accueillir le festival sur sa ferme de Bethel, à 90 km au sud-ouest de Woodstock. C’est donc là qu’a eu lieu le festival.

On peut encore y voir la pelouse en pente qui accueillait alors un demi-million de hippies. Ce n’est certes qu’une pelouse, mais une pelouse historique au pied de laquelle une stèle de béton peint commémore le festival légendaire. En 2006, a aussi été construit à côté le Bethel Woods Center for the Arts, qui est à la fois un centre d’art, un lieu de concert en plein air et un musée. La collection permanente du musée permet de plonger dans l’histoire du festival de Woodstock et du mouvement hippie à travers photos, films et de nombreux objets liés au festival. Cette année, une exposition temporaire titrée We Are Golden revient sur l’impact culturel et politique du festival de 1969. Du printemps à l’automne, la scène en plein air du Bethel Woods Center for the Arts accueille des musiciens renommés. L’anniversaire du festival de Woodstock sera marqué par trois concerts sur place: Ringo Starr le 16 août, Santana le 17 août et John Fogerty le 18 août.