À San Francisco, le dating est un enfer

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À l’instar d’innombrables grandes villes, San Francisco n’échappe pas à la fameuse malédiction de l’amour. Selon l’American Census Bureau en décembre 2018, plus de 58% de la population de Fog City est célibataire. Déjà en 2014, la région de San Francisco-San Jose-Sunnyvale-Santa Clara comptait parmi les zones urbaines aux Etats-Unis avec le plus fort ratio d’hommes célibataires employés pour cent jeunes femmes célibataires (25-34 ans). Les chiffres émanent du très sérieux Pew Research Institute.

Pour les habitants de la Baie, rien de surprenant. Entre un emploi du temps bien chargé pour les héros de la tech ou ceux qui cumulent les jobs pour s’en sortir, il ne reste que très peu de temps pour entretenir une romance. Ajoutez à cela un accent bien français et un décalage culturel, les choses deviennent plus compliquées. “C’est très difficile de s’intégrer et de dépasser la barrière culturelle. Si j’ai été chanceuse, ce n’est pas le cas de tout le monde. L’une de mes amies enchaîne les tentatives sur les dating apps et ça n’a jamais abouti à quelque chose de sérieux”, témoigne Aurélie, 27 ans. Avant de rencontrer son mari sur son lieu de travail, elle a essayé elle aussi sans succès les applications de rencontres. “J’ai toujours eu du mal avec la mentalité locale, donc c’était une vraie chance de faire sa rencontre.

Ce phénomène n’est absolument propre aux Français de la Baie. Plusieurs journalistes ont tenté de l’expliquer ces dernières années. Selon Julia Carrie Wong du journal britannique The Guardian, il s’agit principalement d’un problème économique et démographique. Il y a plus d’hommes que de femmes et la crise du logement est devenue une sorte de tue-l’amour pour ceux qui sont en quête d’intimité. Bref, difficile de s’épanouir sentimentalement et sexuellement quand on vit dans une colocation bien remplie.

Dans un autre article, sur un service local de matchmaking qui facture au moins 25.000 pour aider à trouver l’amour le vrai, la journaliste Nicky Woolf pointe du doigt un dysfonctionnement des rapports sociaux. Les San-franciscains, dont beaucoup appartiennent à l’univers de la technologie, ont quelques difficultés d’interaction. Il est plus naturel pour certains d’entre eux de réfléchir dans leur coin que d’échanger avec leur voisin. Résultat, ils privilégient les applications de rencontres (ou les matchmakers pour les plus riches) pour créer de nouvelles relations.

Évidemment, tout n’est pas tout noir. Il y a bien des Français qui trouvent l’amour dans la Baie. Mais, comme Xavier, 42 ans, ils cherchent plutôt à rencontrer d’autres Français. “Si je suis plus intéressé par des Françaises, je rencontre plus facilement des Américaines pour une question d’exotisme. J’incarne l’inconnu, la nouveauté. Pour cette même raison, je ne suis pas la bonne personne pour une Française s’installant à l’étranger.

Après avoir été marié pendant neuf ans à une Américaine et créé un foyer totalement anglophone, il souhaiterait bannir de son quotidien les éternelles “lost in translation” et autres incompréhensions linguistiques. Comme beaucoup, il a essayé de trouver sa perle rare via les applications de rencontres. Très vite, il a déchanté. “Avec ces applications, j’ai l’impression d’être au supermarché de l’amour. J’ai toujours détesté la vantardise et malheureusement, on y atteint le summum. Les rares rencontres que j’ai pu faire se sont soldées par une amitié, jamais rien de sérieux.”

Une responsable de l’app de dating OkCupid résume bien la situation dans les colonnes du Washington Post: les professionnels de la Silicon Valley “sont dans le business des solutions rapides et ‘scalable’. Et ce n’est pas a définition de l’amour“.