À New York, les arnaqueurs au logement ne dorment jamais

Chaque année, ils sont nombreux à être dans le même cas. Jeunes ou moins jeunes, touristes, étudiants ou employés, ils se laissent séduire par des annonces à prix cassés, étoffées de jolies photos. Quelques clics à peine suffisent pour que l’expérience tant attendue dans la Grosse Pomme fasse l’effet d’une pomme empoisonnée.

Ce fut notamment le cas pour Laura Campino. Nous sommes en juin. Cette jeune Parisienne doit se rendre à New York pour effectuer un stage de danse. Elle cherche à louer un logement, qu’elle partagerait avec une amie. En se rendant sur le groupe Facebook des Frenchy à New York, elle tombe sur une annonce intéressante, proposée par une agence appelée Midland Realty.

Elle y trouve un studio à son goût. Le bien est proposé en location pour la somme de 1400$/mois. Elle prend alors contact avec l’agent renseigné dans l’annonce, qui la met directement en relation avec son manager, Jerry Stein. Celui-ci s’empresse de répondre à ses e-mails. Après quelques échanges, elle reçoit un contrat. Tout lui semble en bonne et due forme, elle réserve le studio : « Tout semblait en ordre (…) J’ai effectué un virement de 1400$. J’ai dit par contre que je préfèrerais voir l’appartement avant de leur verser la caution de 1400$ qu’ils me réclamaient ».

Quelques jours après avoir effectué son virement, Laura Campino s’étonne de ne pas recevoir d’accusé de réception. Elle envoie plusieurs mails qui restent sans réponse. Dès son arrivée à New York, elle décide alors de se rendre à l’agence. Une fois sur place, c’est la descente aux enfers. À l’adresse indiquée sur le site, aucun bureau, mais des bâtiments en travaux…

 « Too good to be true »

Le mode opératoire des arnaqueurs est toujours le même : « la personne va poster une fausse annonce sur un site qui ne détecte pas les adresses IP des clients. Cette même personne dispose, en général, d’un numéro de téléphone associé à une carte prépayée, elle aussi intraçable. Elle va ensuite contacter des gens, leur faire des offres à prix cassés, puis leur fournir un contrat pour les mettre en confiance » explique Rabah Chebout, General Manager chez Urban Living, une agence immobilière à New York.

Ces individus affichent en général un bien déjà proposé en location par une agence immobilière légitime. Ils n’hésitent pas non plus à usurper les identités des compagnies pour se créer des bureaux fictifs.

Les sites de roommating sont aussi la cible des arnaqueurs. Mayli Carbon, une jeune Française, en a récemment fait l’expérience. Elle devait se rendre à New York pour son travail : « j’avais posté une annonce sur le site Roomster, dans laquelle j’expliquais que je cherchais quelque chose à compter du lundi 17 septembre pour un budget de 1300$/mois. »

Mayli Carbon a rapidement été contactée par une certaine Nicole Kay Totticary. Elle lui propose un logement situé non loin de ses futurs bureaux, dans Midtown. Cette personne n’hésite pas non plus à lui transmettre une copie de son passeport pour la mettre en confiance. Mayli Carbon est convaincue. « J’ai donc réglé très exactement la somme de 3332,98$ (2850 €),  pour deux mois et demi donc, car on a compté la moitié du mois de septembre » Une somme qui lui a en réalité été volée: « Le mercredi 29 août, ma maman s’est rendue sur place. Elle devait y déposer une valise pour moi.» Une fois devant la porte, aucune réponse. «Nous avons appelé et envoyé des messages à Nicole Kay Totticary, en vain. Nos numéros ont été bloqués »…

«Il faut se méfier des annonces qui sont « too good to be true », poursuit Rabah Chebout, d’Urban Living. «Par précaution, il faut rechercher l’adresse du bien sur google avant de procéder au paiement, et aussi s’assurer que le logement proposé ne soit pas en location ailleurs, pour une somme nettement supérieure au prix qu’on s’apprête à payer. »  

 Il est aussi toujours préférable de vérifier si l’agent immobilier en charge du dossier possède une licence. Aussi, s’assurer que l’entreprise pour laquelle le contact prétend travailler, soit bien enregistrée à l’adresse renseignée.

Ne pas hésiter non plus à consulter des revues d’utilisateurs et à lire leurs avis. « Il faut aussi s’assurer que l’agence propose un nombre acceptable de logements, car un faible nombre d’offres est en général synonyme d’arnaques », poursuit Rabah Chebout. Enfin, ne jamais régler via Western Union, si c’est le seul moyen de paiement qui est proposé.

Facebook , vos amis et les autres

Cédric Pereira confirme qu’il faut être doublement prudent sur internet: « Si les photos sont trop belles, il faut déjà se méfier. Il y a en effet un certain nombre de précautions à prendre lorsqu’on réserve un logement en ligne et à distance»,  explique l’administrateur des “Frenchy à New York”. « Il faut interagir autant que possible par mails. Si l’adresse est suspicieuse, renoncer à louer le logement. Il ne faut pas hésiter non plus à réclamer d’autres photos, des vidéos et éventuellement à demander, via notre page Facebook, à quelqu’un de visiter le logement en échange d’un verre, ou d’un service une fois sur place».

Ce Français qui vit entre Paris et New York confie que, malgré les différents dispositifs de sécurité mis en place sur le groupe, les annonces frauduleuses sont inévitables. Aujourd’hui, le groupe rassemble plus de 52.000 membres. Le volume de trafic est trop important pour que toutes les annonces soient contrôlées. «Nous avons vraiment renforcé la sécurité du groupe et faisons tout pour éviter cela. Nous avons rajouté une question dans notre système de sélection. Si la personne ne répond pas à cette question, elle ne rejoint pas les Frenchy. On essaie aussi d’analyser les profils des gens et de bloquer ceux qui sont suspicieux. Mais avec plus de 300 demandes par jour, il nous est impossible de tout gérer». .

La vigilance est donc de mise lorsqu’on souhaite réserver un logement à distance. La meilleure des options reste Airbnb pour le début de son séjour. Cela laisse le temps, une fois sur place, de visiter des appartements ou des studios.

Aujourd’hui, bien que Laura Campino et Mayli Carbon aient effectué les démarches nécessaires et déposé plainte, elles n’ont, jusqu’ici, pas revu la couleur de leur argent.