À Majorelle, Charles Masson se réinvente, mais garde les fleurs

Charles Masson à Majorelle / crédit: Thomas Chesseboeuf - instagram: @thomchess

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Majorelle
Lowell Hotel, 28 East 63rd Street @ Madison Ave
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Désolé, je ne suis pas très présentable“. Mardi matin. On retrouve Charles Masson au milieu de son nouveau restaurant, Majorelle, au rez-de-chaussée du l’hôtel Lowell dans l’Upper East Side. Ce matin-là, il est occupé à couper les tiges des fleurs qui seront placées sur les tables pendant le service, baskets au pied, cravate coincée dans la chemise et sécateur à la main.

C’est un accueil à moitié surprenant venant de la part cet amoureux des fleurs, qui ne peut refouler son émotion face à un bouquet d’anémones. Avant de diriger Majorelle, Charles Masson est devenu une légende de la restauration new-yorkaise comme manager de La Grenouille, la tablée française prestigieuse de l’Upper East Side, qui a vu défiler les puissants de la planète. Ce grand perfectionniste s’est notamment fait remarquer pour ses spectaculaires bouquets de fleurs, auxquels il a consacré un livre. “Salvador Dalí, qui était un client, me disait: vous jetez l’argent par les fenêtres mais il revient par la porte“, se souvient-il.

Majorelle ouvre une nouvelle page dans la vie post-Grenouille de Charles Masson. Ce dernier s’occupait du restaurant depuis l’âge de 19 ans, quittant ses études de design à Carnegie Mellon University pour remplacer son père, décédé des suites d’un cancer. L’aventure s’est arrêtée en mars 2014 après 40 ans de service à la suite d’un différend avec son frère, propriétaire du restaurant. “J’ai tout perdu, mais j’ai été libéré. Je m’empêche d’être amer car je vois tout ce que je peux créer au quotidien, tout ce que j’ai créé chaque jour. Personne ne peut me l’enlever. De mon côté, la vie continue, lance-t-il. Ici à Majorelle, j’ai une équipe du tonnerre, des clients fidèles, ma femme, mes enfants, mes amis… C’est ma vraie famille“.

Après La Grenouille, Charles Masson a lancé le restaurant de l’Hôtel Baccarat, Chevalier, avant d’être contacté par un fidèle de La Grenouille, l’homme d’affaires libanais Fouad Chartouni, propriétaire du Lowell avec son épouse Dina de Luca, qui lui propose d’ouvrir Majorelle. Charles Masson embauche alors Mario Fortuna, un ancien sous-chef de La Grenouille pour diriger la cuisine du restaurant franco-marocain nommé d’après le peintre Jacques Majorelle. D’ailleurs, un bar nommé “Jacques” vient compléter le restaurant pour que l’hommage soit complet.

Il implique également un autre titan de la restauration, Christian Delouvrier, comme consultant. “Je savoure ces moments. Reconstituer une équipe, c’est comme si je prenais les meilleurs pianistes, violonistes… Mais faire un concert sans répétition, c’est dangereux. Il faut les inspirer à jouer de la musique ensemble”, explique le maestro.

On ne peut pas s’empêcher de voir des similitudes entre la vie de Jacques Majorelle et celle de Charles Masson. Tous deux ont des pères illustres: Louis l’ébéniste pour le premier, Charles Masson Sr pour le second, “un géant” qui a ouvert la Grenouille en 1962. De son père, Charles Masson a notamment hérité l’amour de la peinture. “Mon père peignait beaucoup. Pour ma part, je suis un peintre du dimanche, mais en ce moment, je n’ai même pas le temps de peindre le dimanche! J’ai toujours croqué, des moments, des caricatures, documenté ce qui se passait autour de moi…

Quand Charles a 15 ans, son chemin croise celui de Jacques Majorelle. La famille Masson visite alors le “Jardin Majorelle“, conçu par le peintre dans les années 20-30 au coeur de Marrakech. “Je n’ai jamais autant dessiné qu’à Marrakech“, se souvient le manager.

Certes, Charles Masson n’a pas de jardin, mais il se sert de son restaurant pour faire des tableaux vivants. En plus de la salle principale, Majorelle compte un lounge décoré d’un grand vase rempli de fleurs (bien entendu) ainsi qu’une terrasse couverte baignant dans la lumière. Beaucoup de clients de La Grenouille l’ont suivi dans cette nouvelle aventure, assure-t-il. “Plusieurs clients me disaient à l’époque que c’était dommage de ne pas avoir de chambres au-dessus du restaurant pour pouvoir revenir plus facilement. Maintenant, c’est le cas!“, plaisante-t-il.

Est-il sous pression ? “Je suis né avec cette pression, de la même manière que je suis né avec une cravate, comme disait ma mère. Même quand je gérais La Grenouille, qui semblait être mon restaurant mais qui ne l’était pas, j’ai toujours considéré que c’était un nouveau restaurant tous les jours. J’avais peur de ne pas bien faire“, répond-t-il.

Chez Majorelle, on a une équipe motivée, passionnée. C’était la raison du succès de La Grenouille, poursuit-il. Ouvrir un restaurant est très fragile. C’est comme donner naissance à un bébé ou comme voir une fleur pousser.

 

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