A l’ONU, le Père Patrick Desbois en mission contre les génocides

La “Shoah par balles”, tel est le nom donné à l’extermination cachée de deux millions de juifs dans les campagnes d’Europe de l’Est entre 1941 et 1945.

Un prêtre français a fait de la mise en lumière de cette période aussi tragique que méconnue sa mission. Le Père Patrick Desbois était à l’ONU, lundi, pour inaugurer une exposition de témoignages sur ce génocide qui a pris place à l’écart du monde, dans des recoins isolés d’Ukraine et de Pologne essentiellement. “Nous ne construirons jamais la modernité en gardant le silence sur le massacre de deux millions de juifs et de roms” a-t-il déclaré devant un petit groupe de diplomates et de descendants de rescapés de l’Holocauste venus assister au vernissage.

Le Père Desbois s’est plongé dans cette page obscure de l’Histoire en se rendant en 2002 dans le village ukrainien où son grand-père avait été emprisonné pendant la Seconde Guerre mondiale. Des massacres de juifs y avaient été commis par les Einsatzgruppen et aucun lieu de mémoire ne leur était consacré. A travers un travail méticuleux d’enquête et de recueil de témoignages, l’association du Père Desbois, Yahad-In Unum, a mis en évidence 1.700 fosses communes éparpillées en Europe de l’Est et obtenu le témoignage de 4.400 personnes, des rescapés et des témoins, qui “parlaient de cela pour la première et la dernière fois.” “Il y a d’autres fosses communes non-découvertes car il nous reste encore un million de juifs à trouver, sans compter les Roms” , confie-t-il.

L’exposition, visible dans le hall des Nations-Unies jusqu’au 10 février, s’inscrit dans le cadre des événements commémoratifs de l’Holocauste qui culmineront mercredi par une cérémonie à l’ONU marquant les 70 ans de libération d’Auschwitz. La venue de l’exposition, qui comprend des photos et des récits de témoins, a été soutenue par la Mission française à l’ONU et son Ambassadeur François Delattre qui s’est décrit comme un ami du Père Desbois, “une des personnes que j’admire le plus sur Terre” .

Pour le Père Desbois, cette exposition peut permettre de “conscientiser au niveau international. Il suffit qu’un individu bien placé ait conscience du problème pour que les choses changent” .

Devant les invités, il est revenu sur les conditions atroces dans lesquelles ces juifs d’Europe de l’Est ont été tués, regroupés pour soi-disant “aller en Palestine” puis abattus froidement par balles dans des fosses par des officiers allemands autorisés à violer leurs victimes la veille de l’exécution. “Les exécutions se déroulaient en public. Les journaux en faisaient part. C’était comme un spectacle” .

Les juifs n’auraient pas pu faire ce travail pour eux-memes. Il fallait un prêtre, venant de l’extérieur, pour poser des questions et leur donner un sentiment de sécurité” , avance David Black, président des Amis américains de Yahad-In Unum, un groupe qui finance une partie des activités de l’association basée en France.

Prochaine mission pour le prêtre pacifique: l’Irak. Son association recueille actuellement des témoignages pour documenter le massacre des Yazidis, un groupe ethnique et religieux persécuté par l’Etat islamique. Le Père Desbois doit se rendre prochainement en Irak pour la “quatrième fois” pour “recueillir les preuves de ce génocide” en interviewant les “filles qui ont été violées et les garçons entrainés dans des camps” . “Il y a une grande urgence“, ajoute-t-il.

Le problème, c’est que les génocides sont vus comme des événements qui émeuvent les gens, que les médias relayent, mais pas comme quelque chose qu’on ne peut arrêter. C’est comme si on découvrait le Sida et qu’on disait: ben non, on ne cherche pas de traitement” .