Recensement : les Francophones ne trouvent pas leur compte

En 2000, le français était la quatrième langue la plus parlée aux Etats-Unis avec 1,6 millions de locuteurs. Pourra-t-on crier « cocorico » en 2010 ? Pas sûr.  La langue apparaît comme la grande absente du recensement 2010 sacrifiée avec 43 autres questions pour rendre le document plus court. Elle était pourtant très attendue des défenseurs de la francophonie aux Etats-Unis, soucieux comme d’autres groupes de s’adjuger par exemple une partie des 25 millions de dollars distribués tous les ans par la ville de New York en fonction des résultats du sacro-saint «census».

La déconvenue est d’autant plus rude que les estimations d’associations et d’organisations internationales montrent une intensification des migrations en provenance d’Afrique de l’Ouest, où le français explose grâce aux progrès de la scolarisation et l’accroissement des naissances. Si ces estimations avaient pu être confirmées par le recensement, les défenseurs de la francophonie auraient pu davantage peser sur les décideurs politiques pour, par exemple, créer de nouveaux programmes de français dans les écoles ou adapter les structures existantes aux besoins des Francophones.

« C’est problématique car ces groupes (francophones) n’auront pas de statistiques gouvernementales à leur disposition pour étayer la thèse du développement de programmes pour les francophones», souligne Corinne Bal, une des initiatrices du projet NYFACS et Présidente de la Friends of New York French-American Bilingual and Multicultural Education, organisation partenaire du recensement 2010. Je suis déçue, très déçue. Les Francophones sont une minorité qui n’est pas considérée. »

Triste lot de consolation: ceux qui veulent revendiquer leur appartenance francophone en sont réduits à  inscrire leur nationalité dans l’espace « autres races » dans la partie inférieure de la question 9. « A nous, de bien faire comprendre (au bureau du recensement) que des pays se situant sur des continents différents peuvent parler la même langue », poursuit Corinne Bal.

“Construire une identité francophone”

Le revers s’explique avant tout par un mauvais timing. Le questionnaire 2010 est dans les cartons depuis la fin des années 90. Les associations francophones, alors embryonnaires, n’avaient pas la puissance de feu pour peser sur le processus d’élaboration du document.

Néanmoins, l’épisode devrait sonner comme un appel au sursaut pour les communautés francophones à travers le pays. Ensemble de peuples aussi divers que leurs rapports à la langue française, défendue avec ferveur par les Québécois mais perçue par certains Africains comme la langue du colonisateur, la francophonie peine à émerger comme un acteur politique visible et unifié susceptible de peser de la même façon que les Hispaniques dans le débat public américain. La multiplication de structures et d’initiatives spécifiquement francophones est en train de changer cette situation, mais pour l’heure, la plupart des Haïtiens,  Français et ou encore Ivoiriens pour ne citer qu’eux s’identifient avant tout par leur nationalité et non leur appartenance linguistique.

« Le travail aujourd’hui est de créer une identité francophone, affirme Lucien Kouassi, à l’origine d’un regroupement des associations ivoiriennes de New York. Comment ? En créant des entités qui donnent à la francophonie une véritable visibilité, et en célébrant la francophonie. »

Alors que le recensement 2020 est en cours de préparation, les francophones sauront-ils s’unir pour faire entendre leurs revendications? « On a été pris de cours cette année mais il faut que cela soit rectifié en 2020 », juge France Dionne, délégué général du Québec à Boston. Des mots à l’action, il y a pourtant un monde: aucune des personnes interviewées ne semblait indiquer qu’un front francophone était en train de se constituer pour saisir la balle au bond. Or c’est bien connu, quand on n’est pas compté, on ne compte pas.

Commentaires

  • Jean-Paul

    En effet, toutes ces dépenses (sans compter la pub!!!) pour un questionnaire US ridicule.
    Pour une fois il me semble qu’on a été plus efficaces l’an dernier en France. Cocorico (sort of).
    Bon article, bonne remarque sur le Français qui n’est pas la langue maternelle de beaucoup d’Africains (et des Haïtiens).

    A mon avis, l’identité francophone s’acquiert en commençant par parler à ses enfants tout le temps en Français si on est francophone.
    Ce n’est pas les programmes extérieurs à la famille qui supplanteront un manque d’effort fait à la maison (par les enfants et par les parents, je sais de quoi je parle), y’a pas de secret !
    Cela vaut pour toutes les langues… ce n’est pas à l’école avec qq heures de langue étrangère par semaine qu’on devient polyglotte, ce n’est qu’une ouverture sur la langue et la culture associée.