Expats contre immigrés
Nicolas Serres Cousiné est « life coach », métier qu’il exerce à New York. Chaque mois, il livre aussi ses conseils sur French Morning. Cette semaine, il évoque avec un de ses clients la différence entre "expats" et "immigrés". Attention, choc culturel!
Mais oui, c’est bien lui, c’est bien Xavier ! Pour ceux qui s’en souviennent, j’avais raconté ses tribulations dans l’une de mes rubriques de l’année dernière. Tout frais arrivé de France, il s’était retrouvé confronté très rapidement aux différences souvent déstabilisantes entre notre culture et celle des Américains, en passant un week-end aux Hamptons plutôt fort en rebondissements.
Deux ans plus tard, c’est un vrai plaisir que de le revoir. « New York, c’est ma ville. Les États-Unis, c’est mon deuxième pays et je n’ai aucune intention d’en partir. Le restaurant marche très bien malgré la crise, j’ai des nouveaux amis, une vie pleine et intéressante, mais depuis peu je me retrouve confronté à un nouveau dilemme». Le voir tenir sa coupe de champagne si fébrilement ne présage rien de bon. «Je ne supporte pas la communauté française et tous les expats qui vont avec ! En faisant les efforts nécessaires pour m’immerger dans la société américaine, je suis devenu l’exemple type du parfait immigré. Mais depuis que mes nouveaux voisins de palier se sont installés, mes doutes sur mon identité et ce que je suis venu achever ici ressurgissent. Ce couple d’expats français est si français que j’ai l’impression de n’être jamais parti ! ».
On décide d’en parler plus tard, au rythme d’une balade dans un Central Park ensoleillé. Anne et Clément, les deux voisins, en prennent pour leurs grades. «C’est incroyable, cela fait cinq ans qu’ils sont à New York, mais ils pourraient tout aussi bien vivre à Nogent-le-Rotrou. Tout ce qu’ils font a une connotation française. Et lorsqu’ils font quelque chose de « New Yorkais », ils ne peuvent pas s’empêcher de comparer cette activité à ce qui pourrait être l’équivalent en France. Tous leurs amis sont français et sont membres d’une, ou plusieurs, associations françaises. Ils se connaissent tous entre eux, et ils ont réussi l’exploit de faire ressembler une ville vibrante et bigarrée comme New York à un village où tout le monde sait tout sur tout le monde. Dès qu’un film venant de l’hexagone sort dans une salle, ils s’y précipitent et lorsqu’un chanteur français arrive ici, ils achètent des places illico presto alors qu’ils ne l’auraient sûrement jamais fait en France. C’est bien simple, s’il y avait un hamburger français, il le préférerait à l’Américain, rien que par principe… ». Xavier se sent soulagé de s’être livré sans craintes de « représailles ». Je pousse toujours mon client à dire tout ce qu’il a sur le coeur pour qu’il se sente enfin écouté mais aussi entendu. Je suis attentif, bienveillant sans être complaisant, et surtout je ne porte aucun jugement.


