New York, Surf City

L’usager régulier du métro new yorkais a sûrement dû déjà apercevoir ces silhouettes se perdant dans l’anonymat de la ville, planche de surf sous le bras. Il faut dire qu’au bout de l’une des nombreuses lignes de métro de la Grosse Pomme se trouvent plusieurs kilomètres de littoral, parfaitement orientés pour recevoir les houles de l’océan Atlantique, et faire le bonheur des surfeurs locaux. Pour y accéder, il suffit simplement de dépasser Howard Beach, l’arrêt conduisant à l’aéroport JFK. On se retrouve alors à traverser la réserve naturelle de Jamaica Bay, un dernier coup d’oeil sur la skyline de Manhattan et vous voilà arrivés à Broad Channel, où il vous faudra prendre un shuttle pour parcourir les différentes plages le long de Rockaways Beach Blvd.

L’endroit s’apparente à une petite station balnéaire, où bon nombre de New-yorkais viennent se détendre, et s’offrir un certain dépaysement, le week end ou bien souvent pour une journée, vu l’étonnante proximité du lieu avec le coeur de New York. La première vision du littoral laisse une étrange impression de s’être trompés d’endroit: la mer ressemble plus à un lac qu’au North Shore d’Oahu, à Hawaii. Des familles se baignent, surveillées par les lifeguards, mais pas de surfeurs à l’horizon.

Il faut en fait marcher dix bonnes minutes, vers les digues, au niveau de la 92e rue pour apercevoir une vingtaine de surfeurs, assis au large sur leurs planches, attendant une série, en ce jour de petites vagues d’été favorisées par le vent de terre de la fin d’après midi. “Pas franchement épique, mais juste de quoi s’amuser un peu“, me dit l’un d’eux. “Du coup, tous les débutants se jettent à l’eau, sans respecter les règles de sécurité” peste-t-il, alors que deux surfeurs venaient d’éviter de justesse d’entrer en collision après être partis sur la même vague. Le genre de scènes qui rappelle la côte Basque française, les plages californiennes ou les récifs hawaiiens.

“Crazy Simon”

A New York aussi, il y a une communauté de surfeurs très vivante, avec ses pionniers, ses surf shops, ses locaux parfois peu accueillants, ses novices et ses champions. “On surfe ici au moins depuis l’époque du Duke” (Kahanamoku, plusieurs fois champion olympique de natation dans les années 1910-1920 et considéré comme le père fondateur du surf moderne). Ca remonte au moins aux années 1920, lorsqu’il était venu faire une démonstration ici, peu après être passé sur les plages autour de Los Angeles” me dit Ron, un instituteur vivant dans le Queens, venu profiter des vagues en ce dimanche.

Pour découvrir la communauté des surfeurs de New York, le mieux est de commencer au Brooklyn Surf Bar, un des “hot spots”, dans le quartier de Williamsburg, à Brooklyn. Maya, la propriétaire du restaurant, me parle de “Crazy Simon”, un vieux surfeur des Rockaways, connu de tous, “le genre de type à qui on ne donne pas d’âge” me dit-elle. “Un jour, alors que personne ne voulait aller à l’eau à cause d’un banc de méduses, il s’est rendu au large, en a attrapé une, et a croqué en plein dedans, devant les yeux hallucinés des touristes massés sur la digue!” D’origine Italienne, Maya a pas mal baroudé aux quatre coins de la planète: Indonésie, Afrique du Sud, Nouvelle Zélande ou encore Costa Rica – autant de destinations prisées par les surfeurs. Mais c’est en posant ses valises à New York qu’elle s’est découvert une passion pour le surf. “Dès que les conditions sont bonnes, tu peux être sûr de me voir à l’eau dans l’heure qui suit” m’assure-t-elle. “Le week end, on essaie d’organiser des petites excursions en van, avec des surfeurs vivant dans le quartier et des habitués du bar” m’explique-t-elle. Le soir, après une journée bien remplie, ils se retrouvent autour d’une bière et d’un “lobster roll” – le “meilleur de tout New York, selon la presse locale“- pour commenter la journée, les pieds dans le sable et les yeux rivés sur de vieilles vidéos de surf passant en boucle. A seulement un quart d’heure en métro de Union Square!

Emulation

En termes de surf, la côte Est des Etats Unis souffre toujours d’un certain complexe d’infériorité par rapport à la Californie. La Floride a été longtemps considérée comme un endroit sans vagues, jusqu’à ce qu’émerge dans les années 1990 la figure de Kelly Slater, le multiple champion du monde et ancien acteur de “Bay Watch” étant originaire de Cocoa Beach, près d’Orlando. Si il est vrai que la communauté surf de New York n’a pas vraiment produit de grands champions internationaux, la relève pourrait bien changer la donne, comme l’a remarqué le New York magazine, qui, dans son numéro du 20 août, avait consacré un long article à Balaram Stack, un jeune surfeur de 15 ans, bien parti pour bousculer le circuit professionnel américain.”Tout le monde se connaît ici, et chez les kids, l’émulation est permanente” me dit Ron. “Tout cela crée aussi des liens de solidarité entre nous.

Paddle Out

Un samedi récent, un “paddle out” était organisé en l’honneur de Richie Allen, un pompier de New York tué lors du 11 septembre, surfeur connu et apprécié aux Rockaways. “Il fallait être là“, me dit Steeve Stathis, propriétaire du surf shop “Boarders”, “130 personnes ont ramé et se sont mis en cercle pour une minute de silence en sa mémoire. A ce moment précis, deux énormes vagues se sont levées, soulevant tout ce petit monde qui essayait de rester calme. Exactement ce que Richie aurait voulu” me dit-il.

Le magasin de ce fils d’immigrés grecs existe depuis quelques années. En 2004, ils ont obtenu du propriétaire une exploitation de l’arrière cour. Depuis, M. Stathis l’utilise pour louer une quarantaine de casiers et autres rangements pour les surfeurs désirant laisser leur matériel la semaine. “Ce sont des gens qui habitent New York, mais qui viennent du monde entier” m’explique-t-il, alors que deux bodyboarders habitant le Bronx nous saluent en passant déposer leurs affaires, avant d’attaquer une nouvelle semaine de travail. “Pour $60 par mois, ils peuvent laisser leurs affaires dans ces casiers sécurisés, et venir le week end pour profiter des vagues“. Un système assez ingénieux qui commence à faire du bruit. “La liste d’attente est tellement longue qu’il me faudrait les trois backyards voisins pour satisfaire toute cette demande“.
Le surf, Steve Stathis le pratique aux Rockaways depuis les années 1960. “A l’époque, nous étions 10-12 surfeurs à s’aventurer par ici. Aujourd’hui, il y’a 10-12 surfeurs tous les 30 mètres!” Un succès croissant qui peut parfois irriter les locaux, même si ces derniers prennent leur mal en patience pendant l’été. “A cette période, le surf est facile, tout le monde peut prendre des vagues. Mais quand les grosses conditions de l’hiver arrivent, c’est une autre histoire” semble se réjouir l’un deux. Sans compter la température de l’eau, qui peut brutalement chuter à 5-10°C dès que le vent de Nord se met à sévir. Ils ne sont alors que quelques intrépides, encagoulés, armés de gants, de chaussons et de combinaisons en néoprène de 6mm d’épaisseur, à se lancer dans des vagues où chaque “canard” (action qui consiste à passer sous une vague avec sa planche pour rejoindre le large), est une angoissante immersion dans un univers froid, sombre et assourdissant.

Pour l’heure, les surfeurs de New York pourront encore s’en donner à coeur joie pendant tout le mois de septembre, période à laquelle les houles cycloniques pilonnent Long Island, offrant son lot de vagues puissantes et de grosses sensations. Aux Rockaways, tout le monde a d’ailleurs entendu parler de ces deux surfeurs, qui, en ce jour de septembre 2001, avaient décidé de “sécher” le bureau pour aller profiter de conditions de surf exceptionnelles. Depuis le large, ces deux employés de la tour Nord des Twin Towers ont soudain aperçu une énorme colonne de fumée s’élevant au dessus de Manhattan, au loin.

Les Rockaways pratique:

– s’y rendre: Ligne A direction Rockaway Beach Park ou Far Rockaways. Changez à Broad Channel, puis prenez le Shuttle jusqu’à Beach 90th street. Comptez environ une heure, depuis Manhattan.

– louer une planche et réserver un casier: Boarders of Rockaway Beach, 192 Beach 92 St., Rockaway Beach, NY 11693.
Tel: 718-318-7997, demander Steve Stathis. Le magasin propose également des cours d’initiation, se renseigner.

Sur le Web:

NewYorkSurf.com, le site de référence pour la communauté surf de New York.

Wannasurf.com
, pour toutes les informations concernant les différents “spots” de surf à Long Island.

Surfline.com pour les prévisions météo et de houle.

Sur le pouce: – Surf Bar and Sea Food Restaurant, 163 North 6th Street Williamsburg, Brooklyn, N.Y. Tel: 718-302- 4441. www.brooklynsurfbar.com

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