Marine Le Pen: “Les Français à l’étranger restent Français”

French Morning :  Vous rencontrez les Français de New York vendredi. Qu’allez-vous leur dire?

Marine Le Pen : Je dois d’abord leur faire un état de la situation en France, des perspectives de cette élection présidentielle, la voie dans laquelle la France est aujourd’hui tournée, les problématiques qui sont celles de l’Union européenne et les choix qui sont proposés. Il n’y en a pas cinquante: il y a le choix de l’UMP et du PS avec l’intégration européenne et une cure d’austérité extrêmement lourde à la clé. Ou l’autre choix économique que je défends depuis des années. Cela intéresse les Français des Etats-Unis car un jour ils rentreront peut-être en France. Il est nécessaire que nous en parlions.

FM : Votre objectif à terme est-il qu’ils reviennent en France ?

MLP : Mon objectif est de leur demander de voter de telle manière que les Français qui restent en France puisse le faire dans les meilleures conditions possibles. Je ne veux pas que les Français restent coincés en France. Je voudrais que la France soit un lieu où il fait bon vivre. Or aujourd’hui, c’est un lieu où il est de plus en plus difficile de vivre correctement. C’est très bien d’avoir la possibilité d’aller vivre à l’étranger, mais il ne faudrait pas être contraint de le faire. Or, je m’aperçois que beaucoup de jeunes français s’expatrient non pas parce qu’ils en ont le désir, mais parce qu’ils pensent que c’est la meilleure manière de pouvoir se construire une meilleure vie. C’est inquiétant. Tous les Français à l’étranger restent Français. Ils ont une parcelle de responsabilité dans ce que notre pays va devenir et les contours qu’il va avoir pour nos compatriotes qui vivent en France.

FM : Pour l’heure, la gratuité de l’enseignement dans les établissements français à l’étranger est réservée aux classes de niveau lycée. Souhaitez vous que ces mesures de gratuité soient étendues ?

MLP : Les Français devraient pouvoir envoyer leurs enfants gratuitement dans les établissements français à l’étranger. Ca me parait correspondre à l’importance que j’accorde à l’influence de la pensée, la culture et l’identité française. Et à l’égalité entre les citoyens. Les Français qui vont à l’étranger le font de manière transitoire. Il faut qu’ils aient les mêmes possibilités en matière d’éducation et d’enseignement pour leurs enfants que les Français en France.

FM : Ca ferait peser un poids énorme sur le budget de l’Etat, qui devra prendre en charge cette gratuité.

MLP : La vie politique, c’est être capable de faire des choix. Ca me parait être un choix qui doit être fait. Je suis souvent amenée à critiquer le gaspillage de l’Etat français dans toute une série de domaines. Il ne me semble pas que cette mesure soit un gaspillage. Bien au contraire, c’est un investissement.

FM : En temps de crise, les citoyens français à l’étranger doivent-ils être imposés, comme l’a réclamé le député socialiste Jérôme Cahuzac l’an dernier ?

MLP : C’est l’inverse de toutes les règles qui s’appliquent depuis des décennies. C’est un problème anecdotique. Comme d’habitude, le PS est dans le symbole. Mon gros problème est de faire payer des impôts en France aux multinationales françaises. Pour moi, ça me parait être la priorité. Le bénéfice consolidé, les règles régissant les grands groupes font qu’une boite comme Total qui fait 10 milliards d’euros de bénéfices paie « zéro »en France. La priorité est là. Pour le reste, si la situation de la France s’aggravait, si les économies que je compte faire n’étaient pas suffisantes, je pourrais revoir mon jugement. Mais en l’état, cela ne me parait pas être la priorité.

FM : Sur quels points la France de Marine Le Pen pourrait s’inspirer des Etats-Unis ?

MLP : Parmi les aspects positifs, il y a un système de gouvernance qui fait que les dirigeants se demandent, dans les solutions qu’ils doivent trouver, quel est l’intérêt des Etats-Unis. Il faudrait rapidement l’importer en France (…) La méritocratie, encore une valeur très forte aux Etats-Unis, est indubitablement en voie d’affaiblissement en France. Le patriotisme américain aussi est une valeur forte alors que le lien de l’individu à la nation s’affaiblit en France.

En revanche, aux Etats-Unis règne la loi de la jungle. C’est l’ultra libéralisme auquel je n’adhère pas. Je suis pour un Etat fort, stratège. En France, l’Etat a un rôle à jouer. Celui-ci ne doit pas aller contre la liberté économique, mais réguler les abus de l’économie ultra libérale. Ici, ce sont les plus forts avant, et tant pis pour les autres. J’ai une vision beaucoup plus sociale que cela. Il y a enfin toute la remise en cause du modèle ultra libéral, mondialiste, la financiarisation de l’économie qui est en train de tuer l’économie réelle. Modèle auquel nos dirigeants se sont soumis d’un seul homme et qui est en bout de course.

FM : Il y a quelques jours a fait surface sur le web une vidéo d’archive de votre père. On l’entend y dire que c’est un « honneur » d’être comparé à Ronald Reagan. C’est une comparaison à laquelle vous ne souhaitez pas être associée ?

MLP : La libre économie comme celle que voulait Ronald Reagan s’exprimait dans des frontières. Le problème aujourd’hui est la disparition des frontières. Elle a transformé le libéralisme en ultra libéralisme avec tous les inconvénients du libéralisme sans en avoir les avantages. Je suis pour l’économie libre, la libre- entreprise mais dans le cadre de frontières avec un protectionnisme raisonné et intelligent. Comme les Etats-Unis. Or, nous, dans le cadre de l’Union européenne, nous n’avons plus aucune protection à nos frontières et notre économie est en train d’être mise à genou par une concurrence déloyale contre laquelle on refuse de se réarmer. C’est donc difficile de comparer la situation actuelle à celle d’il y a 25 ans quand chaque pays protégeait ses frontières et déterminait la défense de ses intérêts. Aujourd’hui, on va vers le moins disant social et on réclame aux pays occidentaux de revenir à l’âge de pierre économique, de vivre comme les Chinois pour concurrencer la Chine.

FM : Beaucoup de Français ici ont la double-nationalité. Le Front national est historiquement contre. N’êtes vous pas en décalage avec les Français de l’étranger là-dessus ?

MLP : Je ne crois pas logique de déterminer l’avenir de deux pays en même temps. On a qu’une seule nationalité, ce qui n’empêche pas de la vivre à l’étranger pendant 20, 30 ou 40 ans. Il y a des doubles nationalités qui posent problème. Les Etats-Unis ne sont pas concernés, mais j’avais proposé qu’on puisse conserver la double nationalité quand celle-ci était européenne.

FM : N’y a-t-il pas aussi un décalage fondamental entre la mentalité de l’expatrié, immergé quotidiennement dans une autre culture, et l’identité française exclusive dont le Front national fait la promotion ?

MLP : La culture française et la culture américaine sont profondément différentes car leur histoire est différente. Les Etats-Unis se sont construits par l’immigration. La France a 2 500 ans d’histoire. La plus belle chose à apporter au monde, c’est soi même. Encore faut-il rester soi-même. Et la France n’est plus elle-même. C’est une perte pour le monde entier. On dit souvent que les Etats-Unis sont un pays multiculturel, c’est faux. C’est un pays uni culturel. Le rapport entre les individus et la nation est très spécifique. Les étrangers se fondent dans la culture américaine. C’est ce que j’attends de ceux qui arrivent en France : qu’ils se fondent et s’assimilent.

Propos recueillis par Alexis Buisson

Rencontre entre Marine Le Pen et les Français de New York, vendredi 4 novembre à 16h au United Nations Millenium Plaza Hôtel (1 United Nations Plaza, sur First Avenue)

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