Les flops du coaching

Cher Nicolas : Je lis vos rubriques tous les mois dans French Morning avec intérêt et grand plaisir. À chaque fois, vos histoires se finissent bien. Vous est-il déjà arrivé de faire un constat d’échec avec l’un de vos clients, et si oui, pourquoi ?

Cher Gérard,

Les gens qui font appel à moi ont une chose en commun. Ils se retrouvent, malgré eux et souvent pour la première fois, incapables d’avancer sur un dilemme important dans leurs vies. Ils sont frustrés et en colère contre eux, parfois angoissés ou en panique totale. Mon rôle est de les accompagner vers leurs objectifs, en les épaulant, en les écoutant, en les guidant parfois, le regard toujours tourné vers la solution qui est en eux. Parfois, il m’arrive de me sentir désarmé, dans l’impossibilité de faire mon métier correctement. Je n’hésite pas à le faire savoir et, s’il n’y a plus d’autres solutions, à mettre fin à une collaboration sur laquelle on portait beaucoup d’espoir. Personne n’est fautif. Comme pour une relation amicale, amoureuse ou professionnelle, il y a des principes, des valeurs et des règles à suivre si l’on veut en faire une réussite. Le coaching est loin d’être la solution-miracle, celle qui marche à tous les coups, en voici les principales raisons.

Jeanne en a marre. Je le vois sur son visage, cette quatrième séance, va être intense. « Je n’ai pas du tout aimé ton email Nicolas, c’est tout de même moi la cliente ». Je lui avais écrit qu’il fallait qu’elle descende de sa tour d’ivoire et qu’elle s’ouvre à moi pour que je puisse la découvrir, et ainsi l’aider. Sans la matière qu’elle seule peut me donner, je ne suis rien, je n’existe pas, mon intuition et ma sensibilité sont au point mort. Mes efforts pour être honnête ne génèrent qu’une réaction hautaine et sur la défensive qui m’agace. Un coach est l’allié, et l’égal, de son client. Je travaille avec elle, pas pour elle. Si Jeanne ne le comprend pas, notre relation va avoir du mal à exister. « Pour me dévoiler, je dois te faire confiance » me dit-elle. « Pour me faire confiance, tu dois te dévoiler » suis-je obligé de lui répondre. Qu’elle me laisse faire mon métier, après elle pourra juger. Elle est en lutte contre moi, bornée et sans humour, dans un schéma employeur-employé qui ne peut finir que dans une impasse. Nous ne sommes pas en phase, ce cercle vicieux me fatigue, elle m’ennuie. Pour un coach, perde sa curiosité c’est comme perdre la vue. Je n’ai plus envie d’en savoir plus, de creuser et de la mettre à nu pour mieux saisir là où est le cœur du problème. La vérité est que l’on ne s’apprécie guère. Nous ne sommes pas compatibles. Lorsqu’elle suggère d’arrêter notre collaboration, c’est bien la seule fois où nous sommes sur la même longueur d’ondes.

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