17 mai 2012
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La réinsertion par le croissant

Le boulanger breton et les gangs

Réinsérer les ex-membres de gangs en leur apprenant la boulangerie. C'est la pari de "Homeboy Industries", créé par un père Jésuite il y a 20 ans. Depuis quelques mois, Jean-Christophe Le Varrat, un Breton "pur beurre" leur enseigne l'art du croissant et de la baguette. Lui reçoit, dit-il, une sacrée leçon de vie.

Hommes tatoués des pieds à la tête qui s’alpaguent bruyamment, à côté de personnes qui attendent patiemment sur des chaises et d’autres qui s’affairent documents à la main : nous sommes à Homeboy Industries, centre de réhabilitation d’anciens membres de gangs à Los Angeles. C’est dans cet établissement, fondé il y a plus de 20 ans par le père jésuite Greg Boyle que travaille Jean Christophe Le Varrat. Ce Breton vient d’accepter le poste de manager à la boulangerie du centre. Son objectif : faire de ses caïds les meilleurs boulangers-pâtissiers de la ville.

JC, comme il aime qu’on l’appelle, est un Breton “pur beurre” originaire de Guingamp. Sa première expérience avec les Etats-Unis remonte à 1986. A l’époque, il souhaitait améliorer son anglais pour travailler comme attaché de presse au sein d’une association de réflexion sur la défense : le Haut Comité Français pour la Défense Civile. Du microcosme politique parisien, le jeune homme fait le grand écart et débarque à New York comme sommelier au Plaza Athénée grâce à un contact : “A l’époque, c’était de la débrouille“, sourit-il, “le monde de l’hôtellerie-restauration était truffé de Bretons, alors on s’aidait entre nous.”

Jean Christophe Le Varrat n’a alors qu’un anglais balbutiant mais qu’importe : il devient accro au pays. Il monte en grade et devient maître d’hôtel à New York jusqu’à ce qu’une opportunité se présente dans un restaurant de Santa Monica désormais disparu appelé “Fennel”. De là, ses expériences s’enchainent notamment au Beverly Hills Hotel puis il monte son propre restaurant. Le trentenaire est comme un poisson dans l’eau dans un pays où la prise de risques est récompensée et se reconnaît dans le mythe du self made man.

Le retour à la réalité est brutal. En plus de perdre son travail dans le restaurant qu’il a co-fondé, il est en plein divorce alors qu’il a deux enfants en bas âge. “A 38 ans, j’ai eu l’impression de tout perdre, de tout avoir à recommencer à zéro”, se souvient Jean-Christophe. Une rude épreuve dont il a réussi à se sortir trois ans plus tard. “C’est à ce moment là que je me suis lancé sérieusement dans la boulangerie-pâtisserie”, confie-t-il. Sa secrète ambition est alors de concurrencer l’importante boulangerie de Los Angeles : La Brea Bakery. Il créé sa propre entreprise qui finalement échoue, mais l’idée reste intacte : “J’étais convaincu qu’il manquait une boulangerie digne de ce nom à LA.”