17 mai 2012
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Résistance linguistique

L’espagnol, cheval de troie de la francophonie?

Mort le français aux US? Pas sûr: certes l'espagnol est de loin la deuxième langue, mais des professeurs utilisent désormais le bilinguisme "espagnol-anglais" de leurs élèves pour promouvoir l'apprentissage du français. Reportage dans ces classes un peu particulières où l'on parle anglais, espagnol et français, au sud de Los Angeles.

Les élèves s’avancent, par groupe de deux, et se présentent mutuellement au reste de la classe : “Elle s’appelle Caitlin, elle a 20 ans et vit à Long Beach.” La parole est hésitante, les mots ne viennent pas spontanément et sont entrecoupés de rires gênés. Nous sommes dans l’un des cours de français de l’université publique de Long Beach, au sud de Los Angeles. Une classe un peu particulière qui s’adresse à des étudiants américains hispanophones.

L’idée est d’utiliser l’espagnol comme passerelle pour apprendre le français, deux langues voisines par leur origine romane. Un concept pour l’instant unique aux Etats-Unis puisque la classe n’est proposée nulle part ailleurs. Et pourtant, la méthode de l’intercompréhension en langues romanes n’est pas nouvelle. Qui n’a pas déjà fait le constat que l’espagnol, le portugais, l’italien, le français ou encore le roumain ont beaucoup de choses en commun?

“Pour moi, le but de mon cours est le même qu’un cours pour anglophones mais mes étudiants ont cette base en espagnol que j’utilise en cours comme tremplin”, explique Nicolas Bordage, le professeur de français. Ce Franco-Argentin de 40 ans a quitté la banlieue parisienne pour Los Angeles il y a sept ans. Il y enseigne l’espagnol et le français, mais s’est rapidement rendu compte que son public n’était pas simplement anglophone.

“J’ai réalisé qu’il était plus facile pour les étudiants avec une base hispanophone de faire des parallèles avec le français. C’est plus naturel pour quelqu’un qui a des bases en espagnol de comprendre des points de grammaire ou de vocabulaire en français”, remarque-t-il. Les élèves confirment. Mariana est d’origine mexicaine, elle en est à son deuxième semestre de français pour Hispanophones : “C’est plus clair d’apprendre de cette façon car la structure des phrases est proche entre les deux langues et aussi la présence du genre masculin et féminin, ça existe déjà en espagnol”, explique-t-elle dans un anglais parfait.