La mission accomplie de Pascaline Derrick

Elle connaît l’endroit comme sa poche. Pascaline vient se balader dans les collines d’Hollywood depuis qu’elle a 3 ans. A son tour, la militante franco-américaine apprécie souvent d’emmener ses enfants prendre l’air au-dessus de la ville. La promenade à travers les rues sinueuses de Beachwood Canyon respire aujourd’hui la bonne humeur : depuis quelques heures, Pascaline sait que ses semaines de mobilisation ont compté. L’association qui l’emploie – Trust for Public Land – a réussi à réunir les 12 millions de dollars pour que la ville puisse racheter le terrain qui surplombe les lettres Hollywood et les protéger des promoteurs immobiliers. « Tous les donateurs ont voulu que le panneau reste immaculé. Il est le symbole de Los Angeles, des studios, du rêve de tous les artistes à travers le monde. Quand vous évoquez le signe Hollywood, l’imagination galope et tout devient possible », s’enthousiasme-t-elle.

L’ascension prend fin dans un cul de sac sur Mullholand Drive – l’adresse secrète pour s’approcher le plus près possible des gigantesques lettres. Une fois un petit portail franchi et les barrières bravées, la vue est saisissante. On suit Pascaline à l’aise en talons sur les sentiers. « D’ici on voit très bien Downtown et jusqu’à l’océan. On peut monter encore un peu mais impossible de s’approcher tout près des lettres qui sont gardées. Une sirène retentirait et de la peinture serait projetée automatiquement ». Ces neuf lettres de 14 mètres de haut font figure de monument historique et sont protégées en tant que telles depuis que la ville de Los Angeles s’occupe de leur entretien.

Installée en 1923 pour promouvoir un projet immobilier, Hollywoodland n’est alors qu’une enseigne visible de très loin. Dix ans plus tard une actrice se suicide du haut de la lettre H. « C’est le début de la fin, raconte Pascaline. Laissée à l’abandon, l’enseigne s’écroule en partie. Elle est restaurée en 1978 ».

Ironie du sort, cette publicité devenue monument historique fut menacée par l’immobilier. Le projet de bâtir cinq villas sur le même flan de colline datait de 2002 – date de la vente des terrains qui appartenaient à Howard Hughes – et aurait irrémédiablement gâché une vue historiquement vierge de toute urbanisation. Au pied des lettres, comme dans de nombreux canyons de Los Angeles, on trouve une nature sauvage, encore préservée.

« C’est aussi ça que nous souhaitons préserver, la nature alentour. Et il faut bien que les Etats-Unis se construisent une histoire et qu’on ne devienne pas un supermarché géant ». Gràce à l’opération de sauvetage du panneau, 56 hectares d’espace public ont été gagnés sur l’espace privé. Ce qui est rare à Los Angeles.

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