La gauche en embuscade en Amérique du Nord

Le résultat du premier tour de la présidentielle ne faisait guère de doute: comme d’habitude, les Français d’Amérique du Nord ont voté largement à droite, plaçant Nicolas Sarkozy en tête (37,8% contre 28,3% pour François Hollande). Mais c’est sur une autre élection que les militants de tous les partis ont d’ores et déjà les yeux rivés: la législative qui pour la première fois permettra aux Français de l’étranger d’élire des députés. Canada et Etats-Unis sont regroupés au sein de la 1ère circonscription et éliront donc ensemble un député unique, les 2 et 16 juin.

Et là, l’analyse des résultats de ce premier tour, au PS comme à l’UMP, conduit à prévoir une course beaucoup plus serrée que ce qui était généralement admis jusqu’alors. « Je n’ai jamais pensé que c’était joué d’avance et les résultats de ce premier tour le confirment », confie Yann Coatanlem, délégué adjoint de l’UMP pour la côte Est des Etats-Unis. Côté Parti Socialiste, Sylvain Bruni, le directeur de campagne de la candidate Corinne Narassiguin, souligne lui « la baisse lente mais continue de la droite depuis plusieurs années dans cette 1ère circonscription des Français de l’étranger».

Nicolas Sarkozy doit en effet une bonne part de son avance au score très faible de Marine Le Pen (5,72%), avec, comme conséquence, de faibles réserves de voix à droite. Hors François Bayrou, le total des voix de droite atteint 44,3%, contre 42% pour la gauche. Une quasi égalité qui a peu de chance d’être rompue par les électeurs de François Bayrou (12,5%) « qui en général se répartissent à égalité entre la droite et la gauche », estime Sylvain Bruni.

L’érosion des voix de droite par rapport à 2007 est sensible sur l’ensemble de la circonscription, mais c’est du Nord que vient le plus fort vent du changement. Les électeurs Français inscrits au Québec sont désormais 52 000. Comme d’habitude, ils ont voté à gauche (32,3% pour François Hollande contre 26,31% pour Nicolas Sarkozy), mais surtout, la participation y est plus importante qu’aux Etats-Unis (38% contre 30%). « Au bout du compte, constate Yann Coatanlem, on a presque autant de suffrages exprimés au Canada (24 600) qu’aux Etats-Unis (26 000), où il y a pourtant beaucoup plus d’inscrits ». L’objectif de la droite sera donc de rétablir l’équilibre en obtenant une plus forte participation aux Etats-Unis.

Le gouvernement canadien en arbitre

A gauche, cette importance numérique du Québec donne des raisons d’espérer, mais aussi des craintes: pour cause d’opposition du gouvernement canadien (qui interdit à tout pays étranger d’ajouter le Canada à ses circonscriptions extraterritoriales), l’organisation du scrutin de juin y est compromise. « Paradoxalement, ces polémiques ont abouti à une plus forte mobilisation des Français notamment à Montréal », note Sylvain Bruni. Les 20 bureaux de vote installés au sein du collège Stanislas à Montréal n’ont pas désempli. Or, en raison de l’opposition canadienne, le scrutin des législatives ne pourra se tenir dans les mêmes conditions. Les électeurs montréalais devront donc se rendre à leur Consulat qui, explique-t-on à gauche, « est beaucoup trop petit pour accueillir autant d’électeurs ». « Il reste quelques semaines au gouvernement français pour relancer des négociations sérieuses avec Ottawa, ajoute Sylvain Bruni, et convaincre le gouvernement canadien que leur opposition à cette élection n’a aucun sens». Un voeu pieux?

Commentaires

  • kwade9

    Quand je vois Sarkozy racoler sans vergogne les voix du FN, je voterai pour le PS avec encore plus d’enthousiasme. Il y a une indécence chez cet individu qui dépasse les bornes. Heureusement le 6 mai ….

  • La Marquise

    Tout a fait d’accord avec vous…
    Esperons le 6 mai… et aussi pour Corinne en juin…

  • Sylvain Perret

    Je ne suis pas sur qu’on puisse vraiment extrapoler les tendances presidentielles aux legislatives. Personnellement, je suis plus attentif au discours terrain de ces hommes et femmes qu’a leur « couleur » encartee.
    Certains pas encartes du tout d’ailleurs, ont un discours tres interessant. Ils font d’ailleurs un argument de ne pas l’etre.