J’ai épousé un(e) Américain(e) pour la green card

Nous l’appellerons Jean. A 22 ans, ce Français veut travailler dans le cinéma. Il décide de partir à New York en 2009. Dans une boîte de nuit, il rencontre Lauren, New-yorkaise de 21 ans. Une semaine plus tard, autour d’un brunch, Jean lâche le mot magique. « Je lui dis que j’aimerais faire un faux mariage, que je connais des personnes, notamment des filles russes, qui ont payé $10.000 voire $20 000 pour le faire. On en parlait en rigolant ». Il se trouve d’ailleurs qu’un homme a déjà proposé à Lauren $35.000 pour un mariage blanc. Elle a refusé. « Il était répugnant » disait-elle.

Trois jours passent et Lauren reparle du sujet. « Elle me dit qu’elle serait prête à le faire pour moi, gratuitement. Elle voulait juste que je paie une lune de miel à Las Vegas ». L’Américaine semble avoir le béguin pour le frenchy. Il saisit cette « occasion en or ».

Pour ces immigrés qui veulent décrocher l’Amérique à tout prix, le mariage blanc est un recours possible mais pas toujours avoué. Comme beaucoup, les Français se laissent tenter. En 2010, l’U.S. Citizenship and Immigration Services (USCIS) a comptabilisé 1.343 formulaires I-130 (« Petition for Alien Relative ») impliquant des Français. Plus de 83% ont été acceptés cette année-là. Depuis 2005, 467 « dossiers français » ont été rejetés et seulement seize ont été transmis au bureau des fraudes.

Pour les faux couples que nous avons rencontrés – et dont nous avons modifié le nom, l’age et certains élements biographiques - le chemin est parsemé d’embûches administratives, de mensonges et de demi-vérités. Nous retrouvons Jean. Au moment de son pacte avec Lauren,  il lui reste à peine deux mois pour orchestrer son mariage – il est titulaire d’un visa de touriste. « J’ai dit la vérité à mes parents contrairement à Lauren». Le couple prend contact avec un avocat et lance le processus d’immigration. Première étape : remplir le formulaire I-130. « Il faut mentir à l’avocat et ne jamais sous-entendre que c’est un faux mariage, insiste-t-il. La date pour le mariage doit être bien calculée car se marier au bout d’un mois alors qu’on n’est jamais allé aux Etats-Unis, ce n’est pas crédible ». Jean a déjà fait plusieurs allers-retours à New York. Le couple falsifie donc facilement la date de leur rencontre pour la rendre plus ancienne.

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