De Dali aux Mormons, en passant par Warhol

«En 1980, j’ai rencontré un journaliste qui appartenait à l’Eglise de Jésus-Christ des Saints derniers jours. J’ai tout de suite été séduite par cette église. J’ai rencontré des gens heureux, des gens remarquables, qui avaient la lumière en eux». Et ainsi s’acheva la première vie de la muse de Warhol, égérie des sixties, amante de Dali.

Isabelle Collin Dufresne est installée dans son atelier de peinture de la 26th Street de New York. Elle bouge ses tableaux, les examine, retire le cadre de l’un deux pour transformer son œuvre et cherche l’inspiration. Un ensemble blanc, rehaussé d’une ceinture noire, Isabelle a conservé un style très New Yorkais. Les cheveux gris, courts, légèrement bouclés, à 73 ans elle en paraît dix de moins.

Quelques jours plus tôt, installée dans le canapé de son appartement avec terrasse sur Central Park, elle raconte avec beaucoup de détachement ses années avec Dali, Warhol et les autres. ‘’Il y a des gens qui ne changent jamais’’, explique celle qui n’a cessé d’évoluer tout au long de sa vie. Marchande d’art, peintre, muse, actrice, écrivain et même compositeur, c’est à l’étude du livre des Mormons qu’elle consacre désormais son temps. Chaque jour, elle part a la recherche de la vérité ‘’celle des écritures’’, ‘’ Il faut nourrir l’esprit autant que le corps’’.

Isabelle Collin Dufresne, dans son studio newyorkais (Photos Zoltan Babo)
Isabelle est née en France dans une famille très religieuse. A l’âge de 18 ans, elle décide de s’envoler pour les Etats Unis rejoindre l’une de ses sœurs. La jeune fille rebelle, exorcisée à 13 ans par ses parents et qui faisait le mur du pensionnat pour filles, se fond avec beaucoup de facilité dans le paysage New Yorkais des années 50. Elle qui, adolescente, passait ses étés aux musées, se distingue par son bon goût, son amour de l’art et ses connaissances artistiques. ‘’Je n’avais aucune formation’’. Rapidement, elle a ses entrées dans tous les lieux branchés de la ville. Esthète et autodidacte, elle apprend vite. Elle boit de l’eau stérilisée avec Howard Hugues, rencontre Richard Nixon, dîne avec Aristote Onassis et Maria Callas, côtoie Marcel Duchamp, Man Ray, Chagall, Bob Dylan, John Lennon et Yoko Ono.

En 1960, elle succombe aux charmes de Salvador Dali. Elle est sa muse, son amante, ensemble ils vivront trois années passionnées, elle lui offrira sa jeunesse, il lui donnera la gloire en la présentant à Andy Warhol. La belle et jeune Française aux cheveux noirs jais impressionne Warhol. Elle se métamorphose en Ultra Violet et devient son égérie et celle de la Factory (atelier d’artistes) où fêtes, orgies, drogue et sexe rythment le quotidien du maître incontesté du Pop’art. «Je l’ai beaucoup aidé, je l’ai présenté au monde entier».

Une expérience de mort clinique en 1973 lui fait prendre conscience de l’importance de la vie. «Je me sentais très mal, j’ai senti que mon âme quittait mon corps’». Dans le tunnel qui la conduit à la mort, elle rencontre Dieu. «Me voilà…’», lui dit-elle. «Ma vie n’a pas été ce qu’elle aurait du être, mais si tu me laisses une seconde chance, je te consacrerai le reste de ma vie.» Elle survit. Durant sept ans, Isabelle cherche le bon karma et fait des expériences pseudo-spirituelles avant de se baptiser en 1981 et de devenir une “born again’’.

La muse s’est émancipée

Comme le titrait si bien le New York times en 1988, lors de la première sortie du livre qu’Isabelle Collin Dufresne réédite aujourd’hui, «la muse a grandi» elle s’est même émancipée. Cette vie de gloire et de paillettes, Isabelle l’a refermée en 1987 à la mort de Warhol. Elle a alors raconté ses émotions dans ce livre à la fois tragique et fascinant. «Si j’avais vécu comme tous ces petits jeunes, je serais morte aujourd’hui. J’avais la chance d’avoir un logement et de ne pas prendre de la drogue». Celle qui fut considérée comme la première superstar et la plus importante égérie de Warhol a été détrônée en 1969 par Viva.

Isabelle Collin Dufresne s’est remise a ses propres travaux artistiques et peint des “MichelAngelo’’, un mickey coloré avec des ailes. «L’ange est le messager de Dieu. C’est mieux de peindre des anges qu’une pomme sur une assiette». Isabelle partage désormais sa vie, entre sa peinture et l’étude des écritures, son atelier à New York et un autre à Nice. Ses œuvres sont régulièrement exposées dans le monde entier, à Berlin, Paris, Nice, New York et bientôt Montréal.

{{Famous for Fifteen minutes, my years with Andy Warhol’’ publié en 1988 vient d’être réimprimé aux editions iUniverse. Il est disponible dans les librairies Barnes and Nobles de New York.
-www.ultravioletweb.com

Commentaires

  • lacaze odette

    quel hasard (mais l’on dit qu’il n’y a pas de hasard) ou quelle chance d’avoir eu l’opportunité de cotoyer de tels personnalités, être dans leur entourage donne automatiquement un intérêt sur votre personne, et attire les médias, alors qu’il est si difficile pour un artiste d’être connu. C’est une vie riche d’expériences -pour peu que l’on ne tombe pas dans celles destructrices ce qu’elle a sû faire- quand a tomber chez les mormons, quel recul de civilisation… enfin en tant que femme, mais je vois qu’elle n’est peut être pas une adepte puisque son apparence vestimentaire n’est pas celle d’une mormone.

  • Anonyme

    Bonjour,
    Je voudrais réagir sur le commentaire numéro 1 sur cette article dans lequel je peux lire que Madame Collin Dufresne n’est pas habillée comme une Mormone. Je suis très étonné de cette remarque. Les Mormons sont habillés comme toutes les autres personnes. Quant au retour dans le passé il ne faut pas confondre. Je suis mormon, je suis sur Internet et ma femme ou mes enfants ( mes filles ) sont habillées comme tout le monde.. D.Calmels

  • Gill

    Je réagis au commentaire d’Odette Lacaze. Qu’appelle t-elle un recul de civilisation ? Le fait de vivre des valeurs morales élevées serait donc un recul !Avoir foi en Dieu et en Jésus-Christ est ce un recul ?Sans doute cette brave dame n’a pas bien regardé autour d’elle car sa civilisation offre un panorama de déliquescence, de ruine morale, un spectacle affligeant. Qui recule ?