Chère Statue de la Liberté, je t’aime

Il y a deux femmes dans la vie de Brian Snyder : son épouse et la Statue de la Liberté. «Quand on s’est rencontré» se souvient-il, en parlant de son épouse, «il fallait qu’elle accepte l’autre femme de ma vie. Ca faisait partie du package». Sinon ? «On en aurait discuté.»

Brian Snyder, 48 ans, est le vice-président du Statue of Liberty Club, un groupe de collectionneurs et de simple passionnés qui vouent à la Statue de Bartholdi un amour plus que fusionnel. Ils collectionnent tout, de la carte postale aux «American Committee Models», ces miniatures de la Statue mis en vente en avril 1885 pour financer la construction du socle. Dans sa maison, à Fresno (Californie), Bryan Snyder a aménagé un garage entier pour entreposer ses acquisitions. Il a ouvert un compte en banque séparé pour s’adonner à sa passion sans torpiller le budget familial. Sa collection compte 300 statues miniatures, des posters, des bouteilles de vin et un manche à bière en forme de Lady Liberty. Snyder rêve à présent de mettre la main sur l’ »American Committee Model » de 32 inches (82 cm), très rare, contrairement aux statuettes de 6 et 12 inches (15 et 30 cm) fabriquées au même moment. «Jusqu’à récemment, l’existence de ces statues de 32 inches n’était qu’une rumeur. Elles sont très rares. Il y a seulement deux exemplaires connus dans le monde.»

Pèlerinage à Liberty Island

Selon Snyder, les effectifs du Statue of Liberty Club n’ont cessé de croître depuis sa création en 1991 par Iris November. Cette passionnée a accumulé près de 1,650 souvenirs et produits dérivés représentant Lady Liberty. Les membres du club – 250 personnes dont 150 aux Etats-Unis – se réunissent tous les deux ans autour du 28 octobre, jour de l’inauguration de la Statue, pour un pèlerinage à Liberty Island. Pendant ces sorties, ils s’échangent des photos de leur collection et partagent leurs trouvailles, dénichées sur ebay, dans les marchés aux puces ou chez les antiquaires. «Quand j’ai rejoint le club, on ne parlait que de la Statue. Je me suis rendu compte que je n’étais pas seule dans mon délire!» plaisante Ethel Fishman, qui a rejoint le club peu de temps après sa création.

Ours en peluche, broches, cartes postales…

Mme Fishman le confesse volontiers, elle adore «collectionner des choses». Outre la Statue, cette New Yorkaise de 85 ans se passionne pour les broderies, les livres « pop-up » et les objets en forme de poisson (elle s’appelle Fish-man, fait-elle remarquer).

Sa passion pour la Statue de la Liberté est venue à l’âge de 13 ans quand elle est montée dans la couronne avec son cousin. Sa grand-mère, originaire de Russie, était passée devant à son arrivée aux Etats-Unis. Elle aurait confié à la jeune Ethel : «j’étais jeune, nerveuse, mais pour moi, c’était l’Amérique. J’étais arrivée». Au pied de la Statue, Ethel a ressenti autre chose: «J’étais surexcitée. Avant même de monter les marches, je disais à mon cousin : ‘Georges, regarde ça, et ça, et ça !’ Je ressens toujours la même excitation aujourd’hui. Quand je la vois, je lui fais un signe de la main».

En 1992,  l’ancienne professeur de merchandising au FIT rejoint le club et commence sa collection. Des cartes postales, des articles de presse datés de la fin du 19ème siècle, des cuillères… Elle ne se considère pas comme une collectrice «hard core» – «mes objets n’ont jamais rempli une salle entière» s’excuse-t-elle presque – pourtant, les trophées s’accumulent sur les étagères: un ours en peluche coiffé de la couronne dentée de la Statue et drapé dans une toge bleue. Dans sa patte, une torche : «elle est dans la mauvaise main» fait remarquer Ethel. On trouve aussi des cuillères à mélange flanquées d’une minuscule statue de verre. Des boules à neige. Des broches. Une horloge. «Je ne sais pas pourquoi je l’aime autant, se demande-t-elle en parlant de la Statue. Je pense que je suis juste curieuse. Je souhaite à tout le monde de se passionner autant que moi pour quelque chose.»

Pour nos collectionneurs, la production de représentations de la Statue de la Liberté est loin d’avoir ralenti. Au contraire. Par ailleurs, beaucoup d’objets ont refait surface grâce à l’Internet. Ethel dit «découvrir sans cesse» de nouveaux souvenirs et avoue avoir du mal à suivre le rythme. Depuis la mort de son mari, elle a emménagé dans un appartement plus petit et regrette de ne plus avoir autant de place qu’avant pour « elle » (la Statue). Elle fera don d’une partie de sa collection mais compte néanmoins conserver ses cartes postales. Au total, elle dit en posséder 150. Quand ses proches lui demandent si elle n’en a pas assez, elle répond : «non, il y en a encore 1.500 en circulation.»

Photo: Ethel Fishman, avec quelques unes de ses acquisitions: une serviette de plage, un ours en peluche deguisé en Statue de la Liberté et une horloge (crédit: Alexis Buisson)

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