Audrey Tautou, tout en délicatesse

« Audrey Tautou est un hologramme, elle n’est pas réelle » plaisante Stéphane Foenkinos devant une armée de journalistes un peu intimidés, afin de détendre l’atmosphère avant l’arrivée de la star. Si l’actrice est souvent abonnée aux rôles de girl next door, dans La Délicatesse, des frères David et Stéphane Foenkinos, elle perce l’écran en héroïne éplorée par la perte de son mari, en femme qui va trouver le courage de se battre contre la vie pour se reconstruire. Et puis c’est l’égérie du N°5 de Chanel, la pétillante Amélie Poulain, la petite fiancée française de l’Amérique… Les frères Foenkinos semblent d’ailleurs autant sous le charme de leur actrice que l’auditoire. « Nous avons tout de suite pensé à Audrey lorsque nous avons décidé de porter mon roman à l’écran, d’ailleurs, si elle avait dit non, nous aurions probablement abandonné l’idée car elle est Nathalie (l’héroïne,ndlr) » explique David Foenkinos, auteur du roman que les deux frères ont adapté à l’écran.

Sans crier gare, l’actrice arrive. Et met fin sans attendre aux parallèles faciles: « Nathalie et moi, ne nous ressemblons pas vraiment dans la vie, Dieu merci, je n’ai jamais eu à souffrir des mêmes drames qu’elle » explique-t-elle d’emblée. Ca ne l’a cependant pas empêchée « d’être tout de suite attirée par la fantaisie du personnage, la tristesse de cette femme quasiment poétique« .

Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser que Audrey Tautou, « tout en gardant son côté délicat » a insufflé une certaine chaleur à l’héroïne de papier. « Je me suis inspirée de certaines personnes que j’ai vu, et ce qui m’a frappé c’est leur façon de rester digne malgré l’épreuve, de garder une certaine pudeur malgré le chagrin » explique-t-elle. Audrey a ainsi tenu à ce que « Nathalie reste droite devant la douleur et forte devant le malheur« , à ce qu’en quelque sorte le personnage « s’humanise un petit peu, ce qui la rend un peu plus sympathique, le public s’assimile à elle, compatit« .

Un personnage sympathique, certes, « mais pas seulement au sens propre du terme » rebondit Stéphane Foenkinos. Et le couple « improbable » que forme Audrey Tautou et le fantastique François Damiens dans le film y est pour beaucoup également. « Je voulais montrer leur histoire d’amour un peu incongrue de manière très réelle justement » résume David Foenkinos. Les deux personnages ne sont d’ailleurs jamais traités comme des ersatz de « la belle » et de « son clochard » ou du « ver de terre amoureux d’une étoile« . Leur relation peut paraitre étrange au premier abord, mais « l’important c’est que l’on y croit et que cela semble possible dans la vie« . Le vrai message du film n’est il pas alors que malgré les échecs ou les différences, l’amour est quand même possible ? « C’est en tout cas ce que je crois« , conclut Audrey Tautou, « J’aime par dessus tout l’idée que même quand le sort s’acharne et que l’on croit que plus rien de bon ne peut advenir, il existe des surprises qui nous prouvent que c’est faux, des bulles de vie« .

Propos recueillis par Milena Beurer-Doenst et Anne Laure Perrin Klein

La Delicatesse  (Delicacy), de David et Stéphane Foenkinos, avec Audrey Tautou et François Damiens, en salle le mercredi 14 mars aux Etats-Unis. Diffusé à New York au Elinor Bunin Munroe, 144 West 65th Street, et au Sunshine Theater, 143 East Houston Street.  

Photos: Gilles Vauclair

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Commentaires

  • Jeannine Braik

    voilà une jeune femme inconnue il n’y a pas si longtemps et qui est devenue l’hégérie d’un certain cinéma intimiste et si touchant grâce à son jeu tout en finesse et criant de vérité. Elle mérite toute l’attention du public et des cinéastes. Elle est devenue la spécialiste de rôles de la femme tendre, sensible qui reste « incorruptible » face une vie dure et sans concession . Elle est l’actrice qui sait mieux que toute autre rester dans un jeu juste et en même temps criant de  réalité. BRAVO